206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C. · 8 min de lecture
Dynastie Han
Dynastie Han (206 av. J.-C.–220 apr. J.-C.) : Liu Bang, l'empereur Wu, Zhang Qian, le Shiji, le papier, et pourquoi 汉字 et 汉语 portent son nom.
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206 ou 202 av. J.-C. : Liu Bang et les deux Han
La dynastie Han (汉朝) naît de l'effondrement des Qin. Liu Bang (刘邦), un homme d'origine paysanne, est l'un des chefs de la révolte contre leur pouvoir. Après la chute des Qin, l'hégémon Xiang Yu le fait roi de Han en 206 av. J.-C. : son fief, Hanzhong, tire son nom de la rivière Han. Suit une lutte de quatre ans entre les deux hommes, la guerre Chu-Han. En 202 av. J.-C., les troupes de Xiang Yu sont écrasées ; il se donne la mort plutôt que d'être capturé, et Liu Bang prend le titre d'empereur. L'histoire le connaît sous son nom de temple, Gaozu.
D'où les deux dates de départ que l'on trouve dans les ouvrages : 206 av. J.-C. si l'on compte à partir du titre de roi de Han, 202 av. J.-C. si l'on part de la proclamation impériale.
La capitale est bientôt fixée à Chang'an, près de l'actuelle Xi'an. La dynastie règne plus de quatre siècles, avec une coupure au milieu. Wang Mang (王莽), nommé empereur par intérim en 6 apr. J.-C., prend lui-même le trône en 9 et fonde sa propre dynastie, les Xin (新). Son règne est frappé par la catastrophe : le fleuve Jaune change deux fois de cours, entraînant famines, épidémies et troubles. En 23, des rebelles prennent Chang'an et Wang Mang est tué. En 25, Liu Xiu (刘秀), l'empereur Guangwu, restaure les Han et s'installe à Luoyang, Chang'an étant presque détruite. Les historiens distinguent donc les Han occidentaux (西汉), qui gouvernent depuis Chang'an, et les Han orientaux (东汉), qui gouvernent depuis Luoyang.
| Période | Dates | Capitale |
|---|---|---|
| Han occidentaux (西汉) | 206/202 av. J.-C. – 9 apr. J.-C. | Chang'an |
| Xin (新) de Wang Mang | 9 – 23 apr. J.-C. | Chang'an |
| Han orientaux (东汉) | 25 – 220 apr. J.-C. | Luoyang |
刘邦
Liú BāngLiu Bang, fondateur de la dynastie
西汉
Xī Hànles Han occidentaux
东汉
Dōng Hànles Han orientaux
Pourquoi « han » veut dire chinois : 汉族, 汉字, 汉语
Le caractère 汉 (hàn) est d'abord un nom de rivière, la Han (汉水) ; dans la langue ancienne, il désignait aussi la Voie lactée, la « rivière du ciel ». Le fief de Hanzhong a pris le nom de la rivière, et la dynastie celui du fief.
Avant les Han, à l'époque des Royaumes combattants, les habitants de la plaine centrale se disaient Huaxia (华夏), un nom qui opposait leur culture à celle des peuples de la périphérie. La dynastie change la donne. Comme le résume Britannica, elle a fixé si durablement ce qui passera ensuite pour la culture chinoise que « Han » est devenu le mot chinois qui désigne une personne ethniquement chinoise.
Ce sens ethnique se développe pendant les siècles de division qui suivent. Quand des peuples venus des steppes, notamment les Xianbei qui fondent les Wei du Nord, dominent le nord de la Chine, la population d'origine y est appelée Hanren (汉人), « les gens des Han », pour la distinguer des nouveaux venus.
C'est de là que viennent trois mots que tout apprenant rencontre très tôt : 汉族 (Hànzú), le peuple han, groupe majoritaire de la Chine ; 汉语 (Hànyǔ), la langue chinoise ; 汉字 (Hànzì), les caractères chinois. Ces appellations se sont formées après la dynastie, à partir de son nom ; 汉语 et 汉字 font partie du vocabulaire du HSK 1.
汉人
Hànrénles gens des Han, les Chinois han
汉族
Hànzúl'ethnie han
汉语
Hànyǔla langue chinoise
汉字
Hànzìles caractères chinois
L'empereur Wu : conquêtes et confucianisme d'État
Selon Britannica, l'empereur Wu (汉武帝), qui règne de 141 à 87 av. J.-C., accroît considérablement l'autorité des Han. À partir de 133 av. J.-C., il fait la guerre aux Xiongnu (匈奴), les nomades qui sont alors la principale menace sur la frontière nord, et envoie contre eux des généraux comme Wei Qing et Huo Qubing. L'empire s'étend aussi vers le sud : le royaume de Nanyue (Nam Viet) est conquis en 111 av. J.-C., et le nord et le centre de l'actuel Vietnam entrent dans l'empire, qui s'étend aussi jusqu'en Corée. Pour financer ces guerres, l'État lève de nouveaux impôts et crée des monopoles sur le sel, le fer et le vin ; les administrations du sel et du fer datent d'environ 117 av. J.-C.
Wu est aussi connu pour avoir fait du confucianisme la doctrine officielle. En 136 av. J.-C., il supprime les chaires de lettrés qui ne portent pas sur les Cinq Classiques, et le lettré Dong Zhongshu (董仲舒) défend l'enseignement confucéen comme idéologie commune de l'empire. En 124 av. J.-C. est fondée l'Académie impériale (太学, Taixue), qui forme les futurs fonctionnaires aux textes confucéens ; Britannica y voit l'ancêtre des examens mandarinaux.
Les historiens nuancent aujourd'hui ce « triomphe du confucianisme ». Michael Loewe, entre autres, en a interrogé la portée : le gouvernement de Wu poursuivait des objectifs associés au légisme (remplir le trésor, centraliser le pouvoir, exalter l'empereur) tout en parlant le langage confucéen. Ce mélange est resté la structure des gouvernements impériaux pendant deux mille ans.
汉武帝
Hàn Wǔdìl'empereur Wu des Han
匈奴
Xiōngnúles Xiongnu
儒家
Rújiāl'école confucéenne
太学
Tàixuél'Académie impériale
Zhang Qian et les futures « routes de la soie »
En 139 av. J.-C. (138 selon d'autres sources), l'empereur Wu envoie Zhang Qian (张骞) vers l'ouest, dans ce que les Chinois appellent les Contrées de l'Ouest (西域), pour s'allier aux Yuezhi contre les Xiongnu. En chemin, il est capturé par les Xiongnu et retenu une dizaine d'années ; il s'y marie et a un fils. Il finit par s'échapper et atteint les Yuezhi, alors installés en Transoxiane, mais ceux-ci ne veulent plus retourner vers l'est. Il rentre en Chine après quelque treize ans d'absence.
Diplomatiquement, c'est un échec. Mais Zhang Qian envoie aussi des adjoints dans la vallée de Ferghana, en Bactriane et en Sogdiane, et sa mission conduit à l'introduction en Chine d'une race de chevaux supérieure et de plantes nouvelles comme la vigne et la luzerne. En chemin, il rencontre un ensemble de routes commerciales qui contournent le désert du Taklamakan. On les appelle aujourd'hui routes de la soie, car la soie chinoise était l'une des marchandises précieuses qui y circulaient. Ses voyages ouvrent la longue histoire des relations entre la Chine et l'Asie centrale.
Le nom, lui, est moderne. Pendant la plus grande partie de leur histoire, ces routes n'avaient pas de nom particulier. C'est le géologue allemand Ferdinand von Richthofen qui a popularisé le terme Seidenstraße (« route de la soie ») en 1877 ; d'autres savants allemands avaient déjà décrit ces routes avant lui, et le mot ne s'est imposé largement qu'au XXe siècle.
张骞
Zhāng QiānZhang Qian, l'envoyé de l'empereur Wu
西域
Xīyùles Contrées de l'Ouest
丝绸之路
Sīchóu zhī Lùla route de la soie
Sima Qian et le Shiji (史记)
C'est sous les Han qu'est écrit le Shiji (史记), les « Mémoires historiques ». Le projet est conçu par Sima Tan (司马谈), historien de la cour ; son fils Sima Qian (司马迁) hérite de sa charge et de la tâche de l'achever.
En 99 av. J.-C., Sima Qian est le seul à la cour à défendre Li Ling, un général accusé d'une campagne ratée contre les Xiongnu. Poursuivi pour avoir « diffamé l'empereur », il est condamné à mort. On pouvait alors échapper à l'exécution en payant ou en subissant la castration ; trop pauvre pour se racheter, il choisit la castration afin de pouvoir achever son œuvre. Il la mène à son terme.
Le résultat, fruit de dix-huit ans de travail, compte 130 chapitres et plus de 520 000 caractères ; il couvre plus de deux mille ans, de l'Empereur jaune jusqu'à l'époque de l'auteur. Il est organisé en cinq parties : annales, tables chronologiques, traités, maisons héréditaires et biographies. Les sources divergent sur la date d'achèvement : avant 91 av. J.-C., sans doute vers 94, pour les unes ; vers 85 av. J.-C. pour Britannica.
C'est la première histoire générale de ce type en Chine, et son plan sert de modèle aux histoires officielles des dynasties suivantes. C'est pourquoi on voit souvent en Sima Qian le père de l'historiographie chinoise.
史记
Shǐjìle Shiji, les Mémoires historiques
司马迁
Sīmǎ QiānSima Qian, l'historien
C'est le Shiji qui raconte comment Xiang Yu fit de Liu Bang le roi de Hanzhong, l'épisode qui a donné son nom à la dynastie.
Le papier : Cai Lun et les trouvailles plus anciennes
La tradition attribue l'invention du papier à Cai Lun (蔡伦), un eunuque entré au service du palais vers 75 apr. J.-C. et devenu chef des eunuques à l'avènement de l'empereur He, en 88. En 105, il présente à l'empereur des feuilles faites d'écorce, de déchets de chanvre, de vieux chiffons et de filets de pêche : un support meilleur pour l'écriture et moins cher que la soie. L'empereur le félicite, et ce papier prend le nom de « papier du marquis Cai » (蔡侯纸). L'épisode est rapporté par le Livre des Han postérieurs (后汉书), rédigé plusieurs siècles après les faits.
L'archéologie a fait reculer la date. En 1986, des archéologues chinois annoncent des découvertes faites à Fangmatan, dans la province du Gansu, dont un fragment de papier de chanvre de 5,6 × 2,6 cm portant un morceau de carte. Il provient d'une tombe du début des Han occidentaux et il est daté de 179–141 av. J.-C., soit plus de deux siècles avant Cai Lun. On ne peut donc fixer ni la date exacte ni l'inventeur du papier : l'apport de Cai Lun est une amélioration plutôt qu'une invention. En utilisant des matériaux de rebut, sa méthode fait baisser le coût du papier et aide à le diffuser.
纸
zhǐpapier
造纸术
zàozhǐshùla technique de fabrication du papier
蔡伦
Cài LúnCai Lun
Des Turbans jaunes à la fin des Han (184–220)
Britannica fait commencer le déclin sous l'empereur He (88–105/106) : la cour passe sous l'influence des familles des impératrices et des eunuques, tandis que les grandes familles de propriétaires se renforcent dans les campagnes. Des neuf souverains qui montent sur le trône au cours du siècle suivant, le plus âgé a 14 ans.
En 184 éclate dans l'est la révolte des Turbans jaunes (黄巾). Son chef, Zhang Jue, un guérisseur daoïste qui a gagné de nombreux fidèles pendant une épidémie, annonce que le « ciel bleu » va céder la place à un « ciel jaune » ; ses partisans portent des turbans jaunes en signe de cette attente. Le mouvement vise les eunuques qui dominent l'empereur. Les troubles durent jusque vers 204 et contribuent à la chute de la dynastie.
En 189, la rivalité entre familles d'impératrices et eunuques s'achève par un massacre des eunuques. Le pouvoir passe aux chefs de guerre, comme Dong Zhuo et Cao Cao (曹操). En 207, Cao Cao contrôle le nord, mais sa défaite face à Sun Quan à la bataille de la Falaise rouge l'empêche de réunifier le pays. En 220, son fils Cao Pi (曹丕) obtient l'abdication du dernier empereur Han, Xian, et fonde la dynastie Wei. Liu Bei proclame le Shu Han en 221, Sun Quan le royaume de Wu en 222 : c'est le début des Trois Royaumes, qui durent jusqu'à la réunification sous les Jin en 280.
曹操
Cáo CāoCao Cao, maître du nord
三国
Sānguóles Trois Royaumes
Mots à retenir
汉朝Hàncháo
dynastie Han
朝代cháodài
dynastie · HSK 7-9
皇帝huángdì
empereur · HSK 6
汉族Hànzú
ethnie han
汉语Hànyǔ
langue chinoise · HSK 1
汉字Hànzì
caractère chinois · HSK 1
历史lìshǐ
histoire · HSK 4
丝绸sīchóu
soie · HSK 7-9
纸zhǐ
papier · HSK 2
儒家Rújiā
école confucéenne · HSK 7-9
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Encyclopaedia Britannica, History of China: The Han dynasty
- Encyclopaedia Britannica, Wudi, emperor of Han dynasty
- Encyclopaedia Britannica, Zhang Qian
- Encyclopaedia Britannica, Sima Qian
- Encyclopaedia Britannica, Cai Lun
- UNESCO, About the Silk Roads, UNESCO Silk Roads Programme
- Han Chinese, Wikipedia
- Han dynasty, Wikipedia
- Sima Qian, Wikipedia
- Shiji, Wikipedia
- Fan Ye (范晔), 后汉书·卷七十八 宦者列传 (Book of the Later Han, ch. 78: biography of Cai Lun), Wikisource (中文)
- Ideological Orthodoxy, State Doctrine, or Art of Governance? The "Victory of Confucianism" Revisited in Contemporary Chinese Scholarship, Taylor & Francis, 2020