220 – 589 apr. J.-C. · 9 min de lecture
Trois Royaumes et Six Dynasties
Trois Royaumes et Six Dynasties (220–589) : la Falaise rouge, les Jin, le Nord et le Sud, le bouddhisme de Yungang et Longmen, Wang Xizhi.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
208–280 : la Falaise rouge et les Trois Royaumes
Au début du IIIe siècle, l'empire Han n'existe plus que de nom. Cao Cao (曹操), maître du nord depuis sa victoire de Guandu en 200, descend vers le Yangzi à l'automne 208. Deux chefs de guerre du sud s'unissent contre lui : Sun Quan (孙权) et Liu Bei (刘备). Pendant l'hiver 208-209, à la Falaise rouge (赤壁), leurs forces, menées par Zhou Yu, le commandant de Sun Quan, battent une armée bien plus nombreuse. Le général Huang Gai feint de se rendre et lance contre la flotte de Cao Cao des brûlots chargés de bois sec, de roseaux et d'huile ; Cao Cao doit se replier vers le nord à travers les marais. L'emplacement exact de la bataille reste discuté.
La Falaise rouge annonce une coupure entre le nord et le sud qui durera des siècles. Cao Cao n'aura plus jamais l'occasion d'écraser ses rivaux du sud. En 220, son fils Cao Pi (曹丕) reçoit l'abdication du dernier empereur Han et fonde le royaume de Wei (魏), avec Luoyang pour capitale. En 221, Liu Bei, qui se réclame de la famille impériale, se proclame empereur des Han à Chengdu : c'est le royaume de Shu (蜀). Sun Quan, d'abord roi de Wu (吴) sous la suzeraineté du Wei, s'en affranchit en 222 et prend le titre d'empereur en 229 ; sa capitale est Jianye, l'actuelle Nankin.
Cet équilibre tient jusqu'en 263, quand le Wei, dirigé en fait par le clan Sima, conquiert le Shu. En 265/266, Sima Yan pousse le dernier empereur Wei à abdiquer et fonde la dynastie Jin (晋), qui soumet le Wu en 280. Le recensement de cette année-là compte quelque 16 millions de personnes, contre plus de 56 millions sous les Han. Ces chiffres sont sans doute trop bas, car le recensement servait à lever l'impôt et beaucoup y échappaient ; mais guerres, famines et épidémies ont bel et bien fait chuter la population.
| Royaume | Fondateur | Capitale | Dates |
|---|---|---|---|
| Wei (魏) | Cao Pi | Luoyang | 220 – 265/266 |
| Shu Han (蜀汉) | Liu Bei | Chengdu | 221 – 263 |
| Wu (吴) | Sun Quan | Jianye (Nankin) | 222 – 280 |
三国
Sānguóles Trois Royaumes
魏、蜀、吴
Wèi, Shǔ, WúWei, Shu et Wu
赤壁之战
Chìbì zhī Zhànla bataille de la Falaise rouge
孙权
Sūn QuánSun Quan, maître du Wu
刘备
Liú BèiLiu Bei, fondateur du Shu
265–420 : les Jin, les Seize Royaumes et l'exode vers le sud
La réunification des Jin ne dure pas. Après une décennie de paix, la mort de Sima Yan en 290 ouvre la guerre des Huit Princes (291-306) : des princes du clan impérial se disputent le pouvoir autour de l'empereur Hui, atteint d'un handicap mental, et ravagent le nord. Des peuples venus des steppes et des hauts plateaux, dont certains vivaient en Chine depuis des générations, profitent du chaos : Xiongnu, Xianbei, Di, Jie et Qiang, appelés collectivement les « Cinq Barbares » (五胡). En 304, deux chefs fondent leurs propres États, le début conventionnel des Seize Royaumes (十六国, 304-439). En 311, le royaume Han-Zhao, fondé par des Xiongnu, pille Luoyang et capture l'empereur ; en 316, Chang'an tombe à son tour. C'est la fin des Jin occidentaux (西晋).
Une grande partie de l'élite du nord, et bien des gens du peuple, fuient vers le sud. Un prince du clan impérial, Sima Rui, refonde la dynastie à Jiankang, l'actuelle Nankin : ce sont les Jin orientaux (东晋, 317-420). Les réfugiés sont inscrits sur des registres à part, et leurs descendants forment l'aristocratie du Sud. Au nord, les royaumes naissent et disparaissent en quelques décennies ; le nom de « Seize Royaumes » vient de l'histoire que leur consacre Cui Hong au VIe siècle.
L'un d'eux, celui des Qin antérieurs, unifie un temps tout le nord et marche sur le sud en 383. Sur la rivière Fei (淝水), une armée Jin bien moins nombreuse le met en déroute, et les Qin antérieurs se désagrègent. Les Jin ne reprennent pas tout le nord pour autant : en 420, leur général Liu Yu s'empare du trône et fonde les Song, la première des dynasties du Sud.
西晋
Xī Jìnles Jin occidentaux
东晋
Dōng Jìnles Jin orientaux
五胡
Wǔ Húles « Cinq Barbares »
十六国
Shíliù Guóles Seize Royaumes
淝水之战
Féishuǐ zhī Zhànla bataille de la rivière Fei (383)
420–589 : le Nord et le Sud
À partir de 420, la Chine a deux moitiés. Au sud, quatre dynasties de courte durée se succèdent à Jiankang : les Song, les Qi, les Liang et les Chen. Avec le Wu et les Jin orientaux, qui régnaient déjà depuis Jiankang, elles forment les « Six Dynasties » (六朝) qui ont donné à toute l'époque l'un de ses noms. Grossi des réfugiés venus du nord, le sud, jusque-là presque une terre de frontière, se peuple, se couvre de villes et s'enrichit.
Au nord, les Wei du Nord (北魏), fondés par le clan Tuoba des Xianbei, absorbent en 439 le dernier des Seize Royaumes. L'empereur Xiaowen (孝文帝, 471-499) veut faire de leur État un État pleinement chinois. En 493-494, il transfère la capitale de Pingcheng, l'actuelle Datong, à Luoyang, l'ancienne capitale des Han orientaux et des Jin. Des édits interdisent à la cour le costume et la langue xianbei au profit de ceux des Han ; les familles xianbei prennent des noms chinois d'un seul caractère, et le clan impérial Tuoba (拓跋) devient Yuan (元). Les mariages entre Xianbei et Han sont encouragés.
Les réformes divisent aussi le pays : les garnisons de la frontière nord, restées fidèles au mode de vie des steppes, se soulèvent en 523, et en 534-535 les Wei du Nord se scindent en Wei de l'Est et Wei de l'Ouest, bientôt remplacés par les Qi du Nord et les Zhou du Nord. Les Zhou conquièrent les Qi en 577. En 581, Yang Jian (杨坚), qui domine la cour des Zhou, s'empare du trône et fonde les Sui ; en 589, ses armées prennent Jiankang et mettent fin aux Chen. La Chine est de nouveau unie : l'époque de division ouverte par la chute des Han, que la brève réunification des Jin n'avait pas refermée, s'achève.
| Dynastie | Région | Dates |
|---|---|---|
| Wei du Nord (北魏) | Nord | 386 – 534/535 |
| Song (刘宋) | Sud | 420 – 479 |
| Qi du Sud (南齐) | Sud | 479 – 502 |
| Liang (梁) | Sud | 502 – 557 |
| Wei de l'Est (东魏) | Nord | 534 – 550 |
| Wei de l'Ouest (西魏) | Nord | 535 – 556/557 |
| Qi du Nord (北齐) | Nord | 550 – 577 |
| Chen (陈) | Sud | 557 – 589 |
| Zhou du Nord (北周) | Nord | 557 – 581 |
南北朝
Nánběicháoles dynasties du Nord et du Sud
六朝
Liù Cháoles Six Dynasties
北魏
Běi Wèiles Wei du Nord
孝文帝
Xiàowéndìl'empereur Xiaowen
Le bouddhisme s'enracine : Yungang et Longmen
Le bouddhisme avait commencé à pénétrer en Chine sous les Han orientaux. C'est pendant ces siècles de division qu'il s'enracine, chez les élites comme dans le peuple, au nord comme au sud, et qu'il transforme en profondeur la culture chinoise : il apporte le monachisme, les monastères, des textes sacrés traduits, de nouveaux rites et de nouvelles formes d'art ; la pagode chinoise naît du stupa indien.
Au nord, la cour des Wei et les grandes familles financent des sanctuaires creusés dans la roche, même si l'empereur Taiwu, conseillé par un ministre daoïste, lance la première des persécutions que la tradition appelle les « trois désastres des Wu ». Deux des plus célèbres sites de grottes bouddhiques du pays naissent sous cette dynastie, près de ses deux capitales successives. À Yungang (云冈石窟), près de Datong, les premières grottes sont creusées vers 460 à la demande du moine Tanyao ; la cour finance les travaux jusqu'au départ pour Luoyang en 494, après quoi les grottes sont surtout l'œuvre de nobles et de fonctionnaires. On y compte quelque 51 000 statues, dans un style qui marie l'art bouddhique de l'Inde et de l'Asie centrale aux traditions chinoises. À Longmen (龙门石窟), au sud de Luoyang, le travail commence après l'installation de la capitale et se poursuit pendant des siècles, surtout sous les Tang : quelque 100 000 statues bordent les falaises de la rivière Yi. L'UNESCO a inscrit Longmen au patrimoine mondial en 2000, Yungang en 2001.
Au sud, l'empereur Wu des Liang (502-549) est si pieux qu'il se donne à plusieurs reprises à un monastère ; la cour le fait revenir à force de dons somptueux au clergé bouddhique. Comme moines et prêtres daoïstes ne paient pas d'impôt, près de la moitié des foyers finissent inscrits sous leur nom, au détriment des finances de l'État.
佛教
Fójiàole bouddhisme
石窟
shíkūgrotte (sculptée)
云冈石窟
Yúngāng Shíkūles grottes de Yungang
龙门石窟
Lóngmén Shíkūles grottes de Longmen
Yungang se trouve près de Datong (Shanxi), Longmen à 12 km au sud de Luoyang (Henan). Avec les grottes de Mogao à Dunhuang, on les compte parmi les trois grands sites de grottes bouddhiques de Chine.
353 : Wang Xizhi et la Préface du pavillon des Orchidées
Wang Xizhi (王羲之, vers 303 - vers 361) est souvent considéré comme le plus grand calligraphe de l'histoire chinoise. Né à Langya, dans l'actuel Shandong, dans l'un des grands clans du Nord, il est encore enfant quand sa famille fuit vers le sud après l'effondrement des Jin occidentaux. Il fait carrière au service des Jin orientaux et administre à partir de 347 la commanderie de Kuaiji, l'actuelle Shaoxing, dans le Zhejiang.
Son œuvre la plus célèbre date de 353. Le troisième jour du troisième mois, il réunit une quarantaine d'amis, de parents et d'élèves au pavillon des Orchidées (兰亭), près de Kuaiji, pour la fête de purification du printemps. Des coupes de vin descendent un ruisseau sinueux ; quand l'une d'elles s'arrête devant un invité, il doit composer un poème, sinon boire. Wang écrit la préface du recueil des poèmes du jour : le Lantingji Xu (兰亭集序), 324 caractères en 28 colonnes d'écriture courante (行书), souvent célébré comme le sommet de ce style dans l'histoire de la calligraphie.
L'original a disparu. L'empereur Taizong des Tang, qui réunit quelque 2 000 œuvres de Wang et fait de son style le modèle de la cour, l'aurait fait enterrer avec lui dans son tombeau. Il n'en reste que des copies et des estampages ; celle qu'on juge la plus proche de l'original, la copie dite « Shenlong » attribuée à Feng Chengsu, est conservée au musée du Palais, à Pékin. Depuis les Song, certains doutent même que Wang en soit l'auteur, un débat relancé en 1965 par Guo Moruo. Son style n'en reste pas moins un modèle pour les calligraphes, en Chine comme au Japon.
王羲之
Wáng XīzhīWang Xizhi
书法
shūfǎla calligraphie
兰亭集序
Lántíngjí Xùla Préface du pavillon des Orchidées
行书
xíngshūl'écriture courante
Mille ans plus tard, le roman des Trois Royaumes
Si les Trois Royaumes comptent parmi les époques les plus connues de l'histoire chinoise, c'est sans doute grâce à un roman. L'histoire officielle, les Chroniques des Trois Royaumes (三国志), est écrite par Chen Shou vers 290 ; Pei Songzhi la complète de ses notes en 429. Plus de mille ans après les événements, probablement au XIVe siècle, le roman Les Trois Royaumes (三国演义), attribué par la tradition à Luo Guanzhong (罗贯中), reprend cette histoire en y mêlant les récits des conteurs. Imprimé pour la première fois en 1522, il se lit aujourd'hui dans la version en 120 chapitres de Mao Lun et Mao Zonggang (années 1660) et compte parmi les « quatre grands romans classiques » (四大名著).
Le roman ne se contente pas de raconter : il prend parti. Liu Bei, qui se réclame des Han, y est l'héritier légitime, entouré de ses frères jurés Guan Yu et Zhang Fei ; Cao Cao y devient un ambitieux cruel et rusé ; le stratège Zhuge Liang (诸葛亮) y commande au vent et à la pluie. À la Falaise rouge, le roman lui fait « emprunter » le vent d'est pour l'attaque par le feu, et les flèches de l'ennemi grâce à des bateaux couverts de paille (草船借箭) ; il fait relâcher Cao Cao par Guan Yu sur la route de Huarong. Ces épisodes sont de la fiction, et Zhuge Liang n'a pas commandé les troupes alliées.
L'historien Zhang Xuecheng, sous les Qing, jugeait le roman fait de « sept parts de faits pour trois parts d'invention », au point d'égarer ses lecteurs. Ce sont pourtant ces scènes qui ont nourri la culture populaire, jusqu'aux films, séries et jeux vidéo d'aujourd'hui. Guan Yu, le guerrier fidèle, est même vénéré comme un dieu : le bouddhisme l'honore encore comme un bodhisattva.
三国演义
Sānguó YǎnyìLes Trois Royaumes (le roman)
罗贯中
Luó GuànzhōngLuo Guanzhong, auteur présumé
诸葛亮
Zhūgě LiàngZhuge Liang, le stratège
草船借箭
cǎochuán-jièjiàn« emprunter des flèches avec des bateaux de paille »
三顾茅庐
sāngù-máolú« trois visites à la chaumière » : Liu Bei va trois fois chercher Zhuge Liang
Mots à retenir
三国Sānguó
les Trois Royaumes
皇帝huángdì
empereur · HSK 6
统一tǒngyī
unifier ; unifié · HSK 4
分裂fēnliè
se diviser, se scinder · HSK 6
北方běifāng
le nord · HSK 2
南方nánfāng
le sud · HSK 2
佛教Fójiào
bouddhisme · HSK 6
石窟shíkū
grotte
书法shūfǎ
calligraphie · HSK 5
小说xiǎoshuō
roman · HSK 2
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Three Kingdoms, Wikipedia (en)
- Battle of Red Cliffs, Wikipedia (en)
- Bataille de la Falaise rouge, Wikipédia (fr)
- Jin dynasty (266–420), Wikipedia (en)
- Sixteen Kingdoms, Wikipedia (en)
- Northern and Southern dynasties, Wikipedia (en)
- Six Dynasties, Wikipedia (en)
- Dynasties du Sud et du Nord, Wikipédia (fr)
- 云冈石窟 (Yungang Grottoes), Wikipedia (zh)
- Longmen Grottoes, Wikipedia (en)
- Wang Xizhi, Wikipedia (en)
- Lantingji Xu, Wikipedia (en)
- Romance of the Three Kingdoms, Wikipedia (en)
- 三国演义 (Romance of the Three Kingdoms), Wikipedia (zh)