581 – 907 apr. J.-C. · 10 min de lecture
Dynasties Sui et Tang
Sui et Tang (581–907) : Grand Canal, examens impériaux, Taizong, Wu Zetian, Xuanzang, Li Bai et Du Fu, révolte d'An Lushan.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
581–618 : les Sui réunifient la Chine
En 581, Yang Jian (杨坚), un général des Zhou du Nord devenu régent, oblige l'enfant empereur à abdiquer et fonde la dynastie Sui (隋朝). Devenu l'empereur Wen (隋文帝), il masse ses troupes sur le Yangzi en 588 ; l'année suivante, ses armées entrent dans Jiankang et le dernier empereur Chen se rend. Près de trois siècles de division prennent fin.
Les Sui refondent l'État : administration centrale réorganisée, dont les Tang hériteront, répartition égale des terres agricoles pour réduire l'écart entre riches et pauvres, monnaie unifiée, greniers publics. En 582, l'empereur Wen fait bâtir une nouvelle capitale, Daxing, au sud-est des ruines de la Chang'an des Han, et ouvre un premier canal qui la relie au fleuve Jaune. Son fils, l'empereur Yang (隋炀帝), en fait au début du VIIe siècle un immense réseau, le Grand Canal (大运河). Centré sur Luoyang, il relie Chang'an à l'ouest, Jiangdu (l'actuelle Yangzhou) et Yuhang (l'actuelle Hangzhou) au sud, et la frontière du nord, près de l'actuelle Pékin. Il doit d'abord acheminer le grain vers la capitale et ravitailler les armées ; il portera ensuite pendant des siècles marchandises et voyageurs entre le nord et le sud. Des millions de travailleurs réquisitionnés le creusent, à un coût humain très lourd. L'UNESCO l'a inscrit au patrimoine mondial en 2014.
Ces chantiers, puis des campagnes désastreuses contre Koguryo, l'un des royaumes de Corée, qui s'achèvent par une défaite en 614, épuisent le pays. Les révoltes se multiplient ; en 618, l'empereur Yang, réfugié à Jiangdu, est assassiné par des hommes de son entourage. On compare souvent les Sui aux Qin : comme eux, ils ont réunifié la Chine et l'ont profondément réformée, avant de s'effondrer au bout de trente-sept ans.
隋朝
Suícháola dynastie Sui
杨坚
Yáng JiānYang Jian, l'empereur Wen des Sui
隋炀帝
Suí Yángdìl'empereur Yang des Sui
大运河
Dà Yùnhéle Grand Canal
Les examens impériaux (科举), des Sui aux Tang
Depuis le royaume de Wei, au IIIe siècle, les fonctionnaires étaient recrutés sur recommandation selon le « système des neuf rangs » (九品中正制), et les grandes familles avaient fini par s'en réserver les meilleurs postes. Les Sui veulent briser ce monopole de l'aristocratie et renforcer le pouvoir de l'empereur. En 587, l'empereur Wen exige de chaque préfecture trois candidats par an ; apparaissent des épreuves sur les classiques confucéens (明经) et sur l'art de gouverner (秀才). L'empereur Yang crée ensuite l'examen des « lettrés présentés », le jinshi (进士), en 605 ou en 607 selon les sources. C'est sous les Sui que naissent les examens impériaux (科举), mais ils changent encore peu de chose : seuls concourent les candidats recommandés par de hauts fonctionnaires.
Les Tang en font une institution régulière. À partir de 622, presque tout homme peut se porter candidat. Six examens coexistent (talents cultivés, classiques, jinshi, droit, écriture, calcul), mais le jinshi, le plus difficile, éclipse peu à peu les autres : il porte sur les classiques et l'histoire et, à partir des années 730, sur la composition de poèmes. Un ou deux candidats sur cent seulement le réussissent : on ne compte que 6 585 jinshi en trois siècles de Tang. Wu Zetian, qui cherche des appuis hors des grandes familles, élargit le recrutement et crée un examen présidé par le souverain en personne. À la fin des Tang, le titre de jinshi est devenu indispensable pour accéder aux plus hautes charges.
Avec des interruptions, le système durera jusqu'à son abolition en 1905 : quelque 1 300 ans pendant lesquels, en principe, le savoir et non la naissance ouvrait les portes de l'administration.
科举
kējǔles examens impériaux
进士
jìnshìjinshi, « lettré présenté », le titre le plus prestigieux
考试
kǎoshìexamen ; passer un examen
618–649 : Taizong et Chang'an, capitale cosmopolite
Li Yuan (李渊), un aristocrate cousin de l'empereur Yang, se soulève en 617, prend Chang'an et proclame en 618 la dynastie Tang (唐朝). Son fils Li Shimin (李世民) mène les campagnes contre les rivaux. En 626, à la porte Xuanwu, il tend une embuscade à deux de ses frères, dont le prince héritier, et les tue ; son père abdique peu après en sa faveur. Il règne jusqu'en 649 et l'histoire le connaît sous son nom de temple, Taizong (唐太宗).
Malgré ce début sanglant, son règne, l'ère Zhenguan (贞观之治), est devenu le modèle du bon gouvernement, que devaient étudier les princes héritiers. Taizong s'entoure de ministres capables et supporte leurs critiques : il refuse d'éloigner, ne serait-ce qu'un jour, son conseiller Wei Zheng, chargé de lui signaler ses fautes. En 630, ses armées détruisent le khaganat des Turcs orientaux, et les Turcs lui reconnaissent le titre de « Khagan céleste » (天可汗). Les Tang étendent ensuite leur influence jusqu'au bassin du Tarim.
La capitale reprend le nom de Chang'an (长安). Tracée par les Sui, elle forme un vaste rectangle de murailles, quadrillé d'avenues rectilignes et de quartiers clos, avec deux grands marchés. Avec Constantinople et Bagdad, c'est l'une des plus grandes villes du monde : avant 755, on estime qu'elle compte entre 800 000 et un million d'habitants dans ses murs. Ville cosmopolite, on y croise des Sogdiens, des Perses, des Japonais, des Coréens ; le marché de l'Ouest a son bazar persan, et l'on y trouve des temples zoroastriens et des chrétiens de l'Église de l'Orient, arrivés vers 635. Les voisins des Tang, Japon et Corée en tête, adoptent une bonne part de leurs institutions et de leur culture.
唐朝
Tángcháola dynastie Tang
唐太宗
Táng Tàizōngl'empereur Taizong des Tang
贞观之治
Zhēnguàn zhī Zhìle gouvernement de l'ère Zhenguan
天可汗
Tiān Kèhánle Khagan céleste
长安
ChángānChang'an, l'actuelle Xi'an
690–705 : Wu Zetian, seule femme empereur
Wu Zhao (武曌), plus connue sous le nom de Wu Zetian (武则天), entre au palais comme concubine de Taizong. Après la mort de celui-ci, elle devient une consort de son fils et successeur, Gaozong, qui fait d'elle son impératrice en 655. Quand l'empereur tombe gravement malade, à partir de 660, c'est elle qui gouverne à sa place. À sa mort, en 683, elle garde le pouvoir comme impératrice douairière et écarte tour à tour du trône ses deux fils. Le 16 octobre 690, elle proclame sa propre dynastie, les Zhou (武周), et prend le titre d'empereur (皇帝). Elle est la seule femme de l'histoire chinoise dont le règne en son propre nom soit reconnu.
Son règne a deux visages. Elle s'appuie sur la délation et des lois impitoyables, et fait éliminer des membres de la famille impériale Li et des ministres de l'ancienne cour. Mais elle élargit aussi le recrutement par examens, pour s'entourer de fonctionnaires d'origine plus modeste, protège le bouddhisme, les lettres et les arts, et combat les incursions des Turcs et des Tibétains. Elle préfère Luoyang, la capitale de l'Est, à Chang'an.
En 705, un coup d'État la renverse et rétablit les Tang ; elle meurt quelques mois plus tard. Entre le gouvernement pour Gaozong, la régence et son propre règne, elle aura tenu les rênes de l'empire pendant quelque 45 ans.
武则天
Wǔ ZétiānWu Zetian
武周
Wǔ Zhōules Zhou de Wu Zetian (690-705)
女皇帝
nǚ huángdìune femme empereur
Xuanzang et le Sutra du Diamant : le bouddhisme des Tang
Le moine Xuanzang (玄奘, 602-664) trouve incomplets et contradictoires les textes bouddhiques traduits en chinois ; il veut chercher les originaux en Inde. La cour interdisant alors les voyages à l'étranger, il quitte Chang'an sans autorisation en 629 (627 selon certaines versions anciennes). Par les oasis d'Asie centrale, il franchit les montagnes jusqu'en Inde et étudie au grand monastère de Nalanda. Il rentre en 645, après seize ans d'absence, avec 657 textes sanscrits. Taizong l'accueille avec honneur ; Xuanzang refuse les charges offertes et consacre le reste de sa vie à traduire, à la tête d'un bureau de traduction. Il dicte le récit de son voyage, les Mémoires sur les contrées occidentales des Grands Tang (大唐西域记), source précieuse sur l'Inde et l'Asie centrale du VIIe siècle. Neuf siècles plus tard, ce périple deviendra, très romancé, le roman La Pérégrination vers l'Ouest (西游记).
Le bouddhisme est aussi lié à une technique mise au point sous les Tang : l'impression sur planches de bois. En 1900, un moine daoïste découvre à Dunhuang, dans une grotte murée des Mogao, une réserve de manuscrits ; le rouleau imprimé du Sutra du Diamant (金刚经) qui s'y trouvait, acheté en 1907 par l'archéologue Aurel Stein, est aujourd'hui à la British Library. Son colophon indique qu'un certain Wang Jie l'a fait faire « pour être distribué gratuitement à tous », au nom de ses parents, en 868. Ce n'est pas le plus ancien imprimé connu, mais c'est le plus ancien livre imprimé portant une date.
Le bouddhisme des Tang subit pourtant un coup d'arrêt : en 845, l'empereur Wuzong fait fermer les monastères en masse, et le bouddhisme perd ensuite de son influence.
玄奘
XuánzàngXuanzang, le moine pèlerin
大唐西域记
Dà Táng Xīyù JìMémoires sur les contrées occidentales des Grands Tang
西游记
Xīyóu JìLa Pérégrination vers l'Ouest
金刚经
Jīngāng Jīngle Sutra du Diamant
Le Sutra du Diamant de 868 peut être consulté en entier sur le site de la British Library.
Li Bai et Du Fu, l'âge d'or de la poésie
La tradition tient l'époque des Tang pour le plus grand âge de la poésie chinoise, et deux de ses poètes comptent parmi les plus célèbres de Chine. Li Bai (李白, vers 701-762) passe son enfance au Sichuan et voyage beaucoup ; sa réputation le fait appeler à la cour de l'empereur Xuanzong, qui finit par le congédier. Il devient alors officiellement daoïste. Il chante l'amitié, la nature, la solitude et le vin ; on le surnomme l'« Immortel de la poésie » (诗仙). Environ un millier de ses poèmes nous sont parvenus. Une légende veut qu'il se soit noyé, ivre, en voulant saisir le reflet de la lune dans l'eau.
Du Fu (杜甫, 712-770), son cadet, qu'il rencontre en 744, se présente deux fois sans succès aux examens et peine à obtenir un poste. La révolte d'An Lushan jette sa famille sur les routes ; prisonnier des rebelles dans Chang'an, il écrit « Vision de printemps » (春望), dont on trouvera le premier vers ci-dessous. On l'appelle le « Saint de la poésie » (诗圣) ou le « poète-historien » (诗史) : ses vers disent la guerre, l'exil et la vie de tous les jours. Près de 1 500 de ses poèmes sont conservés.
« Pensée d'une nuit calme » (静夜思), de Li Bai, est l'un des poèmes que les écoliers chinois apprennent par cœur. Voici le texte donné par l'anthologie Trois cents poèmes des Tang (XVIIIe siècle). Les versions diffèrent : dans les éditions des œuvres complètes de Li Bai, le mot « clair » (明) n'apparaît pas, et on lit « je regarde la clarté de la lune » (看月光) au premier vers et « je contemple la lune sur la montagne » (望山月) au troisième.
床前明月光,疑是地上霜。
chuáng qián míngyuè guāng, yí shì dì shàng shuāng.« Devant mon lit, la clarté de la lune ; on dirait du givre sur le sol. » (Li Bai, « Pensée d'une nuit calme »)
举头望明月,低头思故乡。
jǔ tóu wàng míngyuè, dī tóu sī gùxiāng.« Je lève la tête, je contemple la lune ; je baisse la tête, je pense à mon pays natal. »
国破山河在
guó pò shānhé zài« Le pays est brisé, restent les monts et les fleuves » (Du Fu, « Vision de printemps », premier vers)
李白
Lǐ BáiLi Bai, l'Immortel de la poésie
杜甫
Dù FǔDu Fu, le Saint de la poésie
755–907 : la révolte d'An Lushan et la fin des Tang
Sous l'empereur Xuanzong (唐玄宗, 712-756), les Tang atteignent leur apogée. Mais pour tenir les frontières, la cour s'appuie sur des gouverneurs militaires, les jiedushi (节度使), qui finissent par rivaliser avec le pouvoir central. L'un d'eux, An Lushan (安禄山), général d'origine sogdienne et turque qui a gagné la confiance de l'empereur et de sa favorite Yang Guifei (杨贵妃), commande trois garnisons du nord, soit tout le pays au nord du cours inférieur du fleuve Jaune. Le 16 décembre 755, il se révolte, prend Luoyang et se proclame empereur d'une dynastie Yan. En 756, Xuanzong s'enfuit vers le Sichuan et Chang'an tombe. En route, à Mawei, l'escorte se mutine, tue le chancelier Yang Guozhong, cousin de la favorite, et exige la mort de Yang Guifei : l'empereur doit la faire étrangler, puis abdique en faveur de son fils.
Avec l'aide des Ouïghours, les Tang reprennent leurs capitales. An Lushan est assassiné en 757, mais la guerre ne s'achève qu'en février 763. C'est le grand tournant de la dynastie. La population recensée tombe d'environ 53 millions de personnes en 755 à 17 millions en 764, même si, selon plusieurs historiens, l'écart tient en bonne partie à l'effondrement des registres. Les gouverneurs militaires deviennent presque indépendants, l'empire perd pour de bon les régions de l'Ouest, en Asie centrale, et le centre économique glisse vers le Jiangnan, au sud du Yangzi.
La dynastie dure encore près d'un siècle et demi. Dans les années 870, la révolte de Huang Chao (黄巢), un contrebandier de sel plusieurs fois recalé aux examens, ravage le pays ; en 881, il prend Chang'an et y établit sa propre dynastie. Zhu Wen (朱温), un de ses anciens lieutenants passé aux Tang, devient le maître de la cour : il la force à quitter Chang'an pour Luoyang, fait tuer l'empereur en 904 et dépose en 907 le dernier souverain Tang. Commence la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes ; Chang'an ne retrouvera jamais son rang.
安史之乱
Ān Shǐ zhī Luànla révolte d'An Lushan et Shi Siming
安禄山
Ān LùshānAn Lushan
杨贵妃
Yáng GuìfēiYang Guifei, la favorite de Xuanzong
节度使
jiédùshǐgouverneur militaire
Mots à retenir
唐朝Tángcháo
dynastie Tang
皇帝huángdì
empereur · HSK 6
首都shǒudū
capitale · HSK 3
运河yùnhé
canal · HSK 7-9
考试kǎoshì
examen ; passer un examen · HSK 1
和尚héshang
moine bouddhiste · HSK 7-9
印刷yìnshuā
imprimer ; impression · HSK 5
诗shī
poème, poésie · HSK 4
月亮yuèliang
lune · HSK 2
故乡gùxiāng
pays natal · HSK 3
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Sui dynasty, Wikipedia (en)
- Grand Canal (China), Wikipedia (en)
- Imperial examination, Wikipedia (en)
- Tang dynasty, Wikipedia (en)
- Emperor Taizong of Tang, Wikipedia (en)
- Chang'an, Wikipedia (en)
- Wu Zetian, Wikipedia (en)
- Xuanzang, Wikipedia (en)
- Xuanzang, Wikipédia (fr)
- Diamond Sutra, Wikipedia (en)
- Li Bai, Wikipedia (en)
- Du Fu, Wikipedia (en)
- 李白 (Li Bai), 静夜思 (Quiet Night Thought), versions of the 李太白全集, 唐诗三百首 and 全唐诗, 维基文库 (Wikisource)
- 杜甫 (Du Fu), 春望 (Spring View), 全唐诗 卷224, 维基文库 (Wikisource)
- An Lushan rebellion, Wikipedia (en)