vers 5000 – 1600 av. J.-C. · 8 min de lecture
Aux origines : du néolithique aux Xia
Aux origines de la Chine : cultures néolithiques (Yangshao, Hongshan, Liangzhu, Longshan), souverains légendaires et question des Xia.
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Les villages du fleuve Jaune : Yangshao et Longshan
Bien avant toute dynastie, des villages d'agriculteurs se multiplient en Chine. Les archéologues les regroupent en « cultures », qui portent le plus souvent le nom du lieu où on les a d'abord identifiées.
La culture de Yangshao (仰韶文化) occupe le cours moyen du fleuve Jaune, surtout dans le Henan, le Shaanxi et le Shanxi, d'environ 5000 à 3000 av. J.-C. (les dates varient selon les auteurs). Elle tient son nom du village de Yangshao, dans le Henan, où le Suédois Johan Gunnar Andersson mène des fouilles en 1921. Ses habitants cultivent surtout le millet, élèvent des porcs et des chiens, et façonnent une céramique peinte de motifs géométriques, d'animaux ou de visages humains : on l'a d'ailleurs appelée « culture de la céramique peinte » (彩陶文化). Le village de Banpo, à l'est de l'actuelle Xi'an, en représente la première phase.
La culture de Longshan (龙山文化), d'environ 3000 à 1900 av. J.-C., s'étend sur les cours moyen et inférieur du fleuve Jaune. Son premier site, Chengziya (城子崖), dans le Shandong, est découvert en 1928. Ses potiers utilisent le tour et produisent une céramique noire et polie, aux parois très fines, dite « coquille d'œuf ». Au IIIe millénaire, la population augmente fortement et beaucoup de villages s'entourent de murs de terre damée. Vers 2000 av. J.-C., la plupart des grands sites sont abandonnés, sauf dans la région centrale, où se développe la culture d'Erlitou, dont il est question plus bas.
仰韶文化
Yǎngsháo wénhuàla culture de Yangshao
彩陶
cǎitáola céramique peinte
龙山文化
Lóngshān wénhuàla culture de Longshan
黑陶
hēitáola céramique noire
Hongshan et Liangzhu : les cultures du jade
Le fleuve Jaune n'est pas le seul foyer. Au nord-est, la culture de Hongshan (红山文化), d'environ 4700 à 2900 av. J.-C., occupe le bassin du Liao occidental, de l'actuelle Mongolie-Intérieure au Liaoning. Elle tient son nom de Hongshanhou, près de Chifeng, un site repéré en 1908 par l'archéologue japonais Torii Ryūzō et fouillé en 1935. Elle est connue pour ses jades sculptés, parmi les plus anciens exemples connus du travail du jade, dont des « dragons-cochons ». À Niuheliang (牛河梁), un ensemble rituel comprend un « temple de la Déesse », ainsi nommé d'après une tête féminine en argile aux yeux incrustés de jade.
Au sud-est, la culture de Liangzhu (良渚文化), d'environ 3300 à 2300 av. J.-C., est la dernière culture néolithique du jade du delta du Yangzi. Ses paysans cultivent le riz dans des rizières irriguées et bâtissent souvent sur pilotis. La société est très hiérarchisée : le jade, la soie, l'ivoire et la laque ne se trouvent que dans les tombes de l'élite. Son centre, dans le nord-ouest de l'actuelle Hangzhou, est une ville entourée de murs, avec des palais, des espaces cérémoniels et un système hydraulique complexe. La culture disparaît vers 2300 av. J.-C., peut-être à cause d'inondations.
Le 6 juillet 2019, l'UNESCO a inscrit les ruines archéologiques de la cité de Liangzhu sur la liste du patrimoine mondial. On y voit l'exemple d'une société urbaine fondée sur la culture du riz, et d'un État précoce, dans le bassin du Yangzi.
红山文化
Hóngshān wénhuàla culture de Hongshan
良渚文化
Liángzhǔ wénhuàla culture de Liangzhu
玉
yùle jade
Les Trois Augustes et les Cinq Empereurs (三皇五帝)
Avant les Xia, la tradition chinoise place des souverains légendaires, les Trois Augustes et Cinq Empereurs (三皇五帝). Ce sont des héros civilisateurs : on leur attribue le feu, les maisons, l'agriculture, la médecine, le calendrier ou l'écriture. Les listes varient selon les textes ; les Trois Augustes sont par exemple Fuxi (伏羲), Nüwa (女娲) et Shennong (神农), mais d'autres textes en nomment d'autres.
Dans le Shiji de Sima Qian, le premier des Cinq Empereurs est l'Empereur jaune (黄帝, Huangdi), de son nom Xuanyuan (轩辕). Il aurait vaincu l'empereur Yan (炎帝) à Banquan, puis le rebelle Chiyou (蚩尤) à Zhuolu. Des Chinois se disent encore « descendants de Yan et de Huang » (炎黄子孙). La tradition fait aussi de son historien Cangjie (仓颉) l'inventeur des caractères chinois.
Viennent ensuite Zhuanxu (颛顼), Ku (喾), puis Yao (尧) et Shun (舜). Selon le Shiji, Yao juge son propre fils indigne et transmet le pouvoir à Shun, connu pour sa piété filiale ; Shun fait de même avec Yu, le fondateur des Xia. Cette transmission au plus digne, le shanrang (禅让), a nourri le débat politique pendant des siècles, mais sa réalité est discutée, et les Annales sur bambou donnent une autre version, où Shun renverse Yao.
Pendant l'essentiel de l'histoire chinoise, ces souverains ont passé pour historiques. Sima Qian notait pourtant que le Classique des documents ne commençait qu'avec Yao et que les récits sur l'Empereur jaune étaient peu fiables. Dans les années 1920, l'historien Gu Jiegang (顾颉刚) y a vu d'anciens dieux transformés en hommes ; la plupart des chercheurs pensent aujourd'hui que l'Empereur jaune était d'abord un dieu. Des archéologues chinois identifient toutefois le site de Taosi (陶寺), dans le Shanxi (culture de Longshan, vers 2300-1900 av. J.-C.), à la capitale de Yao, mais cela reste une hypothèse.
三皇五帝
Sān Huáng Wǔ Dìles Trois Augustes et les Cinq Empereurs
黄帝
Huángdìl'Empereur jaune
炎黄子孙
Yán Huáng zǐsūn« descendants de Yan et de Huang », les Chinois
仓颉
Cāng JiéCangjie, inventeur légendaire de l'écriture
尧
YáoYao, souverain légendaire
舜
ShùnShun, souverain légendaire
禅让
shànràngtransmettre le pouvoir au plus digne
Les dates traditionnelles de l'Empereur jaune (un règne commençant en 2698 ou en 2697 av. J.-C.) ont été calculées par des missionnaires jésuites à partir des chroniques chinoises : elles relèvent de la tradition, pas de l'histoire.
Ce que dit la tradition : Yu et le déluge
Dans la tradition chinoise, la première dynastie est celle des Xia (夏). Selon la légende, son fondateur est Yu (禹), à qui l'on attribue d'avoir fait s'écouler les eaux d'un grand déluge. Yu aurait ensuite rendu le pouvoir héréditaire dans sa famille : c'est ce geste qui fait de lui, dans le récit traditionnel, le fondateur d'une dynastie. La tradition, que suit le Shiji, donne les noms de dix-sept souverains successifs, de Yu au dernier, Jie (桀).
Le Shiji (史记, « Mémoires historiques ») est l'œuvre de l'historien Sima Qian (司马迁), qui l'écrit au Ier s. av. J.-C. Cette vaste histoire en 130 chapitres va de l'Empereur jaune de la légende jusqu'à l'époque de son auteur.
Le problème est simple à formuler. Ce récit a été rédigé environ quinze siècles après la date où l'on place d'ordinaire la fin des Xia, vers 1600 av. J.-C. Il transmet ce que la tradition disait de cette époque lointaine, pas un témoignage contemporain. Britannica présente d'ailleurs les Xia comme une dynastie connue par la légende. C'est pourquoi ce site en parle d'abord comme d'une tradition, dont la valeur historique reste discutée.
夏
XiàXia, nom de la dynastie
大禹
Dà YǔYu le Grand
史记
Shǐjìles Mémoires historiques
司马迁
Sīmǎ QiānSima Qian, l'historien
Le projet de chronologie Xia-Shang-Zhou
En 1996, la République populaire de Chine lance le projet de chronologie Xia-Shang-Zhou (夏商周断代工程). Ce programme pluridisciplinaire, prévu sur cinq ans, doit dater avec précision les trois premières dynasties et localiser leurs territoires. Il est dirigé par l'historien Li Xueqin (李学勤) et mobilise environ deux cents spécialistes.
Son rapport provisoire, publié en 2000, propose de situer les Xia entre 2070 et 1600 av. J.-C. Ce sont aussi les dates que donne Britannica pour cette dynastie, précédées de « vers ».
Ces résultats n'ont pas fait l'unanimité. Des chercheurs ont contesté plusieurs méthodes et conclusions du projet. Hors de Chine, la presse s'est surtout intéressée à la tension entre nationalisme et travail scientifique. Et certains spécialistes lui reprochent de s'inscrire dans une tradition qui cantonne l'archéologie au rôle de confirmer les histoires traditionnelles.
Pour les Xia, la difficulté est plus profonde que pour les dynasties suivantes : aucun document écrit de l'époque ne les mentionne. Leurs dates ne peuvent donc être établies qu'indirectement, et il faut les lire comme des repères approximatifs, non comme des faits établis.
夏商周断代工程
Xià Shāng Zhōu Duàndài Gōngchéngle projet de chronologie Xia-Shang-Zhou
李学勤
Lǐ XuéqínLi Xueqin, directeur du projet
Erlitou (二里头), capitale des Xia ?
En 1959, Xu Xusheng (徐旭生) conduit une équipe à la recherche des capitales des Xia en s'aidant des textes anciens. Près de Yanshi, dans le Henan, elle découvre un grand site de l'âge du bronze : Erlitou (二里头), qui a donné son nom à toute une culture archéologique.
Erlitou est le plus grand site de cette culture. On y a mis au jour des bâtiments palatiaux, des ateliers de bronziers et les plus anciens vases rituels en bronze connus en Chine, dont les premiers ding (鼎), des chaudrons tripodes. Les premières estimations situaient la culture d'Erlitou entre 1900 et 1500 av. J.-C. environ ; les datations au carbone 14 menées depuis le milieu des années 2000 la resserrent, à peu près entre 1750 et 1500 av. J.-C.
Ces dates recoupent en partie celles que le projet de chronologie attribue aux Xia. Selon Britannica, beaucoup de chercheurs voient aujourd'hui dans les deux premières phases d'Erlitou un horizon antérieur aux Shang, et donc peut-être Xia. Mais depuis la découverte, on discute pour savoir si le site relève des Xia ou des Shang. Et sur place, aucune inscription ne nomme les Xia ni leurs rois.
二里头
ÈrlǐtóuErlitou, site du Henan
鼎
dǐngding, chaudron tripode
徐旭生
Xú XùshēngXu Xusheng, qui découvre le site en 1959
Pourquoi le débat continue
Le cas des Xia se comprend mieux par comparaison avec celui des Shang. La liste des rois Shang donnée par Sima Qian correspond de près aux noms lus sur les os oraculaires, écrits à l'époque même. Pour les Xia, rien de comparable : aucun document contemporain n'a été retrouvé, ni sur les sites fouillés ni dans les inscriptions des Shang, qui ne mentionnent pas les Xia. Certains chercheurs pensent toutefois que des entités politiques citées dans ces inscriptions pourraient être des restes des Xia.
Deux lectures s'opposent donc :
• la majorité des archéologues chinois tiennent les Xia pour historiques et les identifient à la culture d'Erlitou ;
• une partie des chercheurs, surtout des historiens et sinologues occidentaux, jugent la dynastie légendaire, ou du moins non démontrée.
La discussion ne date pas d'hier : selon les auteurs, chacune des quatre phases d'Erlitou a été rattachée tantôt aux Xia, tantôt aux Shang. Faute d'écrit de l'époque, rattacher des vestiges à un nom de dynastie reste une affaire d'interprétation.
Ce site présente donc les Xia comme la première dynastie de la tradition chinoise, peut-être liée à Erlitou, et fait commencer l'histoire attestée par l'écriture avec les Shang.
Mots à retenir
朝代cháodài
dynastie · HSK 7-9
传说chuánshuō
légende · HSK 3
历史lìshǐ
histoire · HSK 4
考古kǎogǔ
archéologie
洪水hóngshuǐ
inondation, déluge · HSK 6
青铜qīngtóng
bronze
首都shǒudū
capitale · HSK 3
文字wénzì
écriture · HSK 3
玉yù
jade · HSK 4
农业nóngyè
agriculture · HSK 3
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Encyclopaedia Britannica, Xia dynasty, Britannica
- Encyclopaedia Britannica, Erlitou culture, Britannica
- Encyclopaedia Britannica, History of China: The first historical dynasty: the Shang, Britannica
- Encyclopaedia Britannica, Shiji, Britannica
- Xia–Shang–Zhou Chronology Project, Wikipedia
- Xia dynasty, Wikipedia
- 夏朝, 维基百科
- Sima Qian (司马迁), 史記 · 卷002 夏本紀, 维基文库 (Wikisource)
- Shiji, Wikipedia
- Shiji, Wikipédia
- Li Xueqin (historian), Wikipedia
- Erlitou culture, Wikipedia
- Erlitou, Wikipedia
- Yangshao culture, Wikipedia
- 仰韶文化, 维基百科
- Banpo, Wikipedia
- Longshan culture, Wikipedia
- 龙山文化, 维基百科
- Hongshan culture, Wikipedia
- Liangzhu culture, Wikipedia
- Archaeological ruins of Liangzhu City, Wikipedia
- Three Sovereigns and Five Emperors, Wikipedia
- 三皇五帝, 维基百科
- Sima Qian (司马迁), 史記 · 卷001 五帝本紀, 维基文库 (Wikisource)
- Yellow Emperor, Wikipedia
- Huángdì, Wikipédia
- Yan Huang Zisun, Wikipedia
- Cangjie, Wikipedia
- Emperor Yao, Wikipedia
- 禅让制, 维基百科
- 顾颉刚, 维基百科
- Taosi, Wikipedia
- 陶寺遗址, 维基百科