vers 1600 – 1046 av. J.-C. · 7 min de lecture
Dynastie Shang
La dynastie Shang (vers 1600-1046 av. J.-C.) : Yinxu à Anyang, les os oraculaires, plus ancienne écriture chinoise connue, les bronzes et Fu Hao.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
La première dynastie attestée par l'écriture
La dynastie Shang (商朝) aurait régné sur le nord de la Chine d'environ 1600 à 1046 av. J.-C. Ces dates restent approximatives : certains chercheurs placent plutôt la dynastie entre le milieu du XVIIIe et la fin du XIIe s. av. J.-C. Elle était centrée sur la plaine de Chine du Nord et s'étendait jusqu'aux actuelles provinces du Shandong et du Hebei, et vers l'ouest à travers le Henan.
Les Shang sont la première dynastie chinoise attestée à la fois par des écrits de l'époque et par l'archéologie. Ce n'était pas acquis d'avance. Avant le déchiffrement des os oraculaires, les historiens n'avaient aucune preuve solide de son existence : son histoire reposait sur des récits rédigés bien plus tard.
Les inscriptions ont changé la donne. En les étudiant, avec les tombes et les sites fouillés, les chercheurs ont pu confirmer les noms des rois Shang et reconstituer leur gouvernement, leurs guerres, leurs croyances, leurs rites et leur société. Ce sont ces archives, écrites à l'époque même, qui font des Shang le point de départ de l'histoire documentée de la Chine.
商朝
Shāngcháola dynastie Shang
商
ShāngShang (nom de la dynastie)
Yinxu (殷墟), la dernière capitale
Selon la tradition, reprise par l'UNESCO, c'est vers 1300 av. J.-C. que le roi Pan Geng (盘庚) installe sa capitale à Yin, dans la région du village de Xiaotun, près de l'actuelle ville d'Anyang (安阳), dans le Henan, à quelque 500 km au sud de Pékin. Yin reste la capitale sous douze rois, jusqu'à la chute de la dynastie en 1046 av. J.-C. Les plus anciennes inscriptions retrouvées sur place ne datent toutefois que du règne de Wu Ding (武丁), trois règnes après Pan Geng.
Ses ruines portent le nom de Yinxu (殷墟), littéralement « les ruines de Yin ». On y a mis au jour des palais et plusieurs tombes royales. Dans les fosses du quartier des palais, les archéologues ont trouvé de nombreux os oraculaires inscrits, considérés comme le plus ancien témoignage de la langue écrite chinoise. Le Metropolitan Museum rappelle aussi que la période d'Anyang est réputée pour ses vases de bronze exceptionnels.
L'UNESCO a inscrit Yinxu sur la liste du patrimoine mondial en 2006. Elle y voit le témoignage de l'âge d'or de la culture, de l'artisanat et des sciences de la Chine ancienne, au moment où son âge du bronze était le plus prospère. Elle souligne notamment la tombe de Fu Hao, la seule tombe d'un membre de la famille royale Shang parvenue intacte jusqu'à nous.
殷墟
YīnxūYinxu, « les ruines de Yin »
安阳
ĀnyángAnyang (ville du Henan)
盘庚
Pán GēngPan Geng, le roi qui s'installe à Yin
Des « os de dragon » aux archives royales
En 1899, Wang Yirong (王懿荣), directeur de l'Académie impériale et érudit passionné d'inscriptions anciennes, reconnaît dans les signes gravés sur certains os une forme ancienne de l'écriture chinoise. Des os de ce genre se vendaient alors en pharmacie sous le nom d'« os de dragon » (龙骨), comme remède traditionnel. Selon un récit souvent repris, Wang, atteint de paludisme, aurait découvert ces signes en examinant son médicament avec son ami Liu E (刘鹗). C'est une légende : on ne sait pas vraiment comment il s'est procuré ces os, et selon une autre version, un antiquaire du Shandong les lui aurait vendus.
Ces os étaient en réalité des omoplates de bœuf et des plastrons de tortue, la partie ventrale de la carapace. Selon l'UNESCO, environ 150 000 pièces ont été retrouvées à Yinxu.
Ils servaient à la divination. Britannica décrit la méthode telle qu'on la pratiquait sous le roi Wu Ding (武丁, vers 1250-1192 av. J.-C.) : l'os était aplani et creusé de petites cavités, puis soumis à une chaleur intense ; les fissures en forme de T ainsi produites étaient lues comme favorables ou défavorables. On pouvait ensuite y graver le jour, le nom du devin (on en connaît quelque 120), la question, le pronostic et parfois le résultat. Les questions portaient sur les sacrifices, les campagnes militaires, les chasses, le temps qu'il ferait, les récoltes, les maladies, les naissances, les rêves ou les tributs.
Au cœur de cette religion se trouvait le culte des ancêtres royaux, dont on recherchait la faveur par des prières et des offrandes. La puissance suprême était Di (帝), ou Shangdi (上帝), « le Seigneur d'en haut ».
王懿荣
Wáng YìróngWang Yirong, qui identifie l'écriture en 1899
龙骨
lónggǔ« os de dragon »
上帝
ShàngdìShangdi, « le Seigneur d'en haut »
Des os oraculaires aux caractères d'aujourd'hui
Pour qui apprend le chinois, ces os sont un point de départ. Leur écriture, le jiaguwen (甲骨文), est la plus ancienne forme connue de l'écriture chinoise, et les inscriptions trouvées à Xiaotun forment, selon Britannica, le plus ancien ensemble de textes chinois connu à ce jour.
Ce n'est pas une ébauche. En comparant les inscriptions aux caractères modernes, les chercheurs ont montré que les Shang avaient déjà mis au point tous les principes du système d'écriture utilisé aujourd'hui (université Stanford). Les formes ont évolué depuis plus de trois mille ans, mais le système est le même que celui des caractères que tu apprends.
Tout n'est pas lu pour autant. Les estimations vont jusqu'à quelque 5 000 caractères différents, mais seuls 1 200 à 2 000 environ sont lus avec certitude, selon les décomptes ; le total exact reste incertain, car certains signes pourraient n'être que des variantes d'un même caractère.
Le nom moderne de cette écriture se décompose comme beaucoup de mots chinois :
• 甲 (jiǎ) : la carapace ;
• 骨 (gǔ) : l'os ;
• 文 (wén) : l'écrit, l'écriture.
甲骨文 signifie donc « l'écriture sur carapaces et os ».
甲骨文
jiǎgǔwénles inscriptions sur os et carapaces
文字
wénzìl'écriture, les caractères
Les bronzes et leurs moules
Les Shang sont particulièrement célèbres pour leurs bronzes. Les plus remarquables sont des vases rituels destinés au vin et à la nourriture, utilisés lors de cérémonies qui reliaient les souverains à leurs ancêtres.
Leur fabrication est originale. Selon le Metropolitan Museum de New York, les premiers bronzes chinois n'étaient pas coulés à la cire perdue, le procédé employé par les autres cultures de l'âge du bronze, mais dans des moules en plusieurs pièces. On façonnait un modèle de l'objet, on en prenait l'empreinte en argile, puis on découpait ce moule en sections pour libérer le modèle. Les sections étaient cuites, puis réassemblées pour former le moule dans lequel on coulait le métal.
Ce procédé, lourd, avait un grand avantage : le décor pouvait être gravé ou estampé directement à l'intérieur du moule avant la cuisson. Le bronzier obtenait ainsi des motifs d'une grande netteté, même très complexes.
La période d'Anyang (vers 1300-1046 av. J.-C.) est réputée pour ses vases exceptionnels, coulés dans des moules céramiques multiples : d'après le musée, cette technique n'a pas d'équivalent ailleurs dans le monde antique. La tombe de Fu Hao, à elle seule, contenait 468 objets en bronze.
青铜
qīngtóngle bronze
青铜器
qīngtóngqìun objet en bronze
Fu Hao (妇好), épouse royale et cheffe de guerre
Parmi les tombes de Yinxu, une seule appartenant à la famille royale a été retrouvée intacte : celle de Fu Hao (妇好), l'une des épouses du roi Wu Ding.
Son mobilier est considérable :
• 468 objets en bronze, dont 130 armes ;
• 755 objets en jade, dont certains étaient déjà, à son époque, des pièces anciennes remontant au néolithique, transmises en héritage ou venues d'ailleurs.
Au total, Smarthistory compte quelque 1 600 objets ; d'autres sources avancent des chiffres plus élevés. Seize victimes humaines et six chiens avaient aussi été enterrés avec elle.
Les armes ne sont pas un simple décor : elles témoignent du pouvoir et du rang de Fu Hao comme chef militaire. Sa tombe contenait notamment quatre grandes haches plates en bronze de type yue (钺), associées à la remise de l'autorité militaire. Pour Smarthistory, cette sépulture a confirmé qu'elle fut l'une des plus importantes femmes commandant des armées dans la Chine ancienne.
妇好
Fù HǎoFu Hao, épouse de Wu Ding
武丁
Wǔ DīngWu Ding, roi Shang
La chute des Shang
Selon la légende, le dernier souverain Shang, Zhou (纣), aurait perdu son royaume par sa débauche. Attention à ne pas le confondre avec la dynastie Zhou (周) qui le renverse : ce sont deux caractères différents, et en pinyin ils ne se distinguent que par le ton, Zhòu et Zhōu.
Le royaume de Zhou prépare la conquête sous le roi Wen (文王) ; c'est le roi Wu (武王) qui l'achève et fonde la dynastie Zhou. Le récit classique de la bataille décisive raconte que l'avant-garde Shang passe dans le camp adverse, que toute l'armée s'effondre et que Wu entre dans la capitale sans résistance. Dès le IVe s. av. J.-C., le penseur Mencius (孟子) doutait pourtant du texte qu'il en lisait, le chapitre « Wucheng » (武成) du Livre des documents, qui parlait aussi d'un bain de sang : quand le plus humain des souverains attaque le plus inhumain, objectait-il, comment le sang aurait-il pu couler à flots ? Toujours selon la légende, le roi Zhou mit le feu à son palais et se jeta dans les flammes.
La date de la conquête est elle-même discutée. La tradition la place en 1122 av. J.-C., les calculs de Dong Zuobin (董作宾) en 1111 ; d'autres dates ont été proposées, dont 1046 av. J.-C., celle que retiennent aujourd'hui Britannica, l'UNESCO et le Metropolitan Museum.
纣
ZhòuZhou, dernier roi Shang (4e ton)
周
ZhōuZhou, la dynastie suivante (1er ton)
周武王
Zhōu Wǔwángle roi Wu des Zhou
孟子
MèngzǐMencius
Mots à retenir
朝代cháodài
dynastie · HSK 7-9
甲骨文jiǎgǔwén
inscriptions sur os et carapaces
汉字Hànzì
caractère chinois · HSK 1
青铜qīngtóng
bronze
祖先zǔxiān
ancêtre · HSK 7-9
占卜zhānbǔ
divination ; pratiquer la divination · HSK 7-9
考古kǎogǔ
archéologie
国王guówáng
roi · HSK 6
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Encyclopaedia Britannica, Shang dynasty, Britannica
- Encyclopaedia Britannica, China: Late Shang divination and religion, Britannica
- Encyclopaedia Britannica, Wuwang, Britannica
- Encyclopaedia Britannica, Zhou (last ruler of the Shang dynasty), Britannica
- UNESCO World Heritage Centre, Yin Xu, UNESCO
- The Metropolitan Museum of Art, Shang and Zhou Dynasties: The Bronze Age of China, Heilbrunn Timeline of Art History
- Stanford Program on International and Cross-Cultural Education (SPICE), The Shang Dynasty, 1600 to 1050 BCE, Stanford University
- War and Sacrifice: The Tomb of Fu Hao, Smarthistory
- Oracle Bones, World History Encyclopedia
- Oracle bone, Wikipedia (English)
- Dynastie Shang, Wikipédia (français)
- Mencius (孟子), 孟子·尽心下 (Mencius, Jinxin II), Wikisource (中文)