1271 – 1368 · 8 min de lecture
Dynastie Yuan
Dynastie Yuan (1271-1368) : Gengis Khan et Kubilai, Dadu (Pékin), les quatre classes, Marco Polo, le théâtre de Guan Hanqing, les Turbans rouges.
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1271 ou 1279 ? De Gengis Khan à Kubilai
La dynastie Yuan (元朝) est une dynastie mongole. Son histoire commence avec Gengis Khan (成吉思汗, vers 1162-1227), né Temüjin, qui passe l'essentiel de sa vie à unir les tribus mongoles et prend le titre de Gengis Khan en 1206, lors d'une assemblée des chefs. Ses armées attaquent ensuite les voisins de la Chine des Song : les Xia occidentaux à partir de 1209, puis les Jin, dont elles prennent la capitale, Zhongdu, en 1215. Son année de naissance est discutée ; 1162 est celle que retiennent la plupart des historiens.
Son petit-fils Kubilai (忽必烈, 1215-1294) devient grand khan en 1260 et doit vaincre son frère Ariq Böke, qui lui dispute le pouvoir jusqu'en 1264. En 1271, il proclame une dynastie à la manière chinoise, le Grand Yuan (大元). Le nom vient du Classique des changements (易经, Yijing) : l'un des commentaires de son premier hexagramme, Qian, s'ouvre sur les mots « 大哉乾元 », « Grand est Qian, le Primordial ». Kubilai inscrit après coup Gengis Khan comme fondateur de la dynastie, sous le nom de temple de Taizu.
Pourquoi deux dates ? En 1271, le sud de la Chine appartient encore aux Song du Sud. Kubilai prend leur capitale, Hangzhou, en 1276, mais la conquête ne s'achève qu'en 1279, à la bataille navale de Yamen. On fait donc commencer les Yuan en 1271, année de leur proclamation, ou en 1279, année où ils règnent sur toute la Chine ; entre ces deux dates, deux dynasties coexistent. Les Yuan sont la première dynastie fondée par un peuple non han à régner sur l'ensemble de la Chine proprement dite, dont le nord et le sud sont réunis pour la première fois depuis trois siècles.
元朝
Yuáncháola dynastie Yuan
成吉思汗
Chéngjísī HánGengis Khan (vers 1162-1227)
忽必烈
HūbìlièKubilai Khan (1215-1294)
大哉乾元
Dà zāi Qián yuán« Grand est Qian, le Primordial ! » (Classique des changements, hexagramme Qian, commentaire Tuan)
可建国号曰大元,盖取易经乾元之义。
Kě jiàn guóhào yuē Dà Yuán, gài qǔ Yìjīng Qián yuán zhī yì.« Que l'État prenne le nom de Grand Yuan, d'après le sens de qian yuan dans le Classique des changements. » (Édit sur le nom de l'État, 1271, conservé dans le Yuan wenlei, rouleau 9)
Dadu, la « grande capitale » devenue Pékin
Kubilai déplace la capitale mongole de Karakorum, en Mongolie, vers la Chine du Nord. À partir de la fin des années 1260, il fait bâtir une ville nouvelle près de Zhongdu, l'ancienne capitale des Jin ; les plans et le chantier sont confiés au lettré Liu Bingzhong (刘秉忠). En 1272, la ville reçoit le nom de Dadu (大都), « la grande capitale ». Elle porte aussi un nom turco-mongol, Khanbaliq, « la ville du khan », que le livre de Marco Polo écrit Cambaluc. L'ancienne résidence de Kubilai, Shangdu (上都), connue en Occident sous le nom de Xanadu, devient la capitale d'été. Kubilai fait aussi prolonger le Grand Canal du sud de la Chine jusqu'à Dadu.
Dadu est l'ancêtre direct de Pékin. En 1368, l'armée des Ming s'en empare : les palais des Yuan sont rasés et la ville est rebaptisée Beiping (北平), « le Nord pacifié ». Au XVe siècle, l'empereur Yongle en fait sa capitale du Nord, Beijing (北京), le nom qu'elle porte encore aujourd'hui.
大都
DàdūDadu, « la grande capitale »
汗八里
HánbālǐKhanbaliq, « la ville du khan »
上都
ShàngdūShangdu (Xanadu), la capitale d'été
北京
BěijīngBeijing (Pékin), « la capitale du Nord »
À Pékin, des restes des remparts de terre de Dadu, hauts de plus de dix mètres, sont conservés dans le parc des vestiges des remparts de Dadu des Yuan (元大都城垣遗址公园), que les Pékinois appellent Tucheng (土城), « le rempart de terre ».
Mongols, semu, Han et gens du Sud : une société hiérarchisée
Les Mongols, bien moins nombreux que leurs sujets chinois, accordent aux différents groupes des privilèges inégaux ; les historiens décrivent quatre catégories, de la plus à la moins favorisée :
• les Mongols (蒙古人) ;
• les semu (色目人), peuples venus de l'ouest et d'Asie centrale : Ouïghours, Tangoutes, Tibétains, musulmans d'Asie centrale... ;
• les Han (汉人), habitants du Nord, l'ancien territoire des Jin ;
• les Nanren (南人, « gens du Sud »), anciens sujets des Song du Sud.
L'ordre reflète en partie la date de la soumission : le Nord, conquis plus tôt, passe avant le Sud, qui a résisté plus longtemps. Les plus hautes charges reviennent presque toujours à des Mongols ou à des semu, et les fonctionnaires han occupent le plus souvent des postes d'adjoints. Les examens impériaux ne sont rétablis qu'en 1315, avec deux listes séparées : l'une pour les Mongols et les semu, l'autre pour les Han et les gens du Sud, qui passent des épreuves plus difficiles.
Ce tableau est aujourd'hui nuancé. Aucune loi des Yuan divisant explicitement la population en quatre classes n'a été retrouvée, même si l'inégalité de traitement entre les groupes apparaît dans de nombreuses règles. L'historien Frederick Mote juge trompeuse l'expression de « classes sociales » : il s'agissait de degrés de privilège juridiques, qui ne disaient rien de la richesse réelle, car il y avait des Chinois riches et des Mongols pauvres. Des historiens japonais contestent même l'existence d'un véritable système en quatre classes.
蒙古人
Měnggǔrénles Mongols
色目人
sèmùrénles semu, peuples de l'ouest et d'Asie centrale
汉人
Hànrénles Han (ici, ceux du Nord)
南人
nánrénles gens du Sud, anciens sujets des Song
Marco Polo : un Vénitien à la cour de Kubilai ?
Le récit européen le plus connu sur la Chine des Yuan est celui d'un marchand vénitien, Marco Polo (vers 1254-1324). Parti de Venise en 1271 avec son père et son oncle, il atteint la cour de Kubilai après environ trois ans de route (la date exacte est inconnue) et ne rentre à Venise qu'en 1295. Fait prisonnier par les Génois, alors en guerre contre Venise, il dicte ses souvenirs à un compagnon de cellule, l'écrivain Rustichello de Pise. Le livre, connu sous les noms de Devisement du monde, Livre des merveilles du monde ou Il Milione, est le premier en Occident à décrire le papier-monnaie, que les Yuan utilisent si largement qu'à une époque les billets remplacent entièrement les pièces.
Son récit est discuté depuis longtemps. Il ne dit rien de la Grande Muraille, du thé, des caractères chinois, des baguettes ni des pieds bandés, et aucune source chinoise ne mentionne son nom. En 1995, Frances Wood soutient dans Did Marco Polo Go to China ? qu'il n'est, au mieux, pas allé plus loin que la Perse, et plus probablement seulement jusqu'à Constantinople et à la mer Noire.
D'autres spécialistes lui répondent, dont Igor de Rachewiltz. Stephen Haw rappelle que la Grande Muraille que l'on connaît aujourd'hui date des Ming, deux siècles plus tard. Le sinologue Hans Ulrich Vogel (université de Tübingen) montre que Marco Polo décrit avec précision les monnaies, le sel et les recettes fiscales de la Chine des Yuan, avec des détails que ne donne aucune autre source européenne, arabe ou persane de l'époque. Enfin, la mission qu'il dit avoir accompagnée, celle de la princesse Kököchin envoyée en Perse, est confirmée par des sources persanes et chinoises.
马可·波罗
Mǎkě BōluóMarco Polo
马可·波罗游记
Mǎkě Bōluó Yóujìle livre de Marco Polo (titre chinois)
纸币
zhǐbìle papier-monnaie
长城
Chángchéngla Grande Muraille
Le théâtre des Yuan : le zaju et Guan Hanqing
Sous les Yuan, la culture des lettrés recule et un art tourné vers le grand public s'épanouit : le théâtre. Avec les chansons sanqu (散曲), le zaju (杂剧, « spectacles variés ») forme le qu des Yuan (元曲). Déjà joué sous les Song et les Jin, il connaît alors son âge d'or. Il mêle récitation, poésie, chant, danse et mime. Une pièce compte en général quatre actes, parfois complétés par un court « coin » (楔子) servant de prologue ou d'intermède, et dans chaque acte un seul personnage chante tous les airs. Parmi les grands auteurs figurent Guan Hanqing, Ma Zhiyuan et Wang Shifu.
Guan Hanqing (关汉卿), qui vécut surtout à Dadu, était actif au XIIIe siècle ; on ignore ses dates exactes. On lui attribue plus de soixante pièces, dont dix-huit nous sont parvenues. La plus connue, Le Ressentiment de Dou E (窦娥冤), est un drame judiciaire. Dou E, jeune veuve, refuse d'épouser le voyou Zhang Lü'er. Celui-ci veut empoisonner sa belle-mère, mais c'est son propre père qui boit la soupe et meurt. Accusée, torturée, Dou E avoue pour épargner sa belle-mère et est condamnée à mort. Avant l'exécution, elle annonce trois prodiges qui prouveront son innocence : son sang jaillira sur une bannière de soie blanche sans toucher le sol, la neige couvrira son corps en plein été, et la région connaîtra trois ans de sécheresse. Tout s'accomplit ; au dernier acte, son fantôme apparaît à son père, devenu haut fonctionnaire, qui fait réviser le procès.
杂剧
zájùle zaju, « spectacles variés »
关汉卿
Guān HànqīngGuan Hanqing (XIIIe siècle)
窦娥冤
Dòu É YuānLe Ressentiment de Dou E
地也,你不分好歹何为地。天也,你错勘贤愚枉做天!
Dì yě, nǐ bù fēn hǎodǎi hé wéi dì. Tiān yě, nǐ cuò kān xián yú wǎng zuò tiān!« Terre, tu ne distingues pas le bien du mal : comment peux-tu être la Terre ? Ciel, tu confonds le sage et le sot : c'est en vain que tu es le Ciel ! » (Guan Hanqing, Le Ressentiment de Dou E, acte III)
L'écriture 'Phags-pa : un alphabet pour tout l'empire
Kubilai veut une écriture commune aux langues de son empire, capable de noter le mongol comme le chinois. Il en confie la création au moine tibétain 'Phags-pa (八思巴, 1235-1280), précepteur d'État. Celui-ci adapte l'alphabet tibétain et présente, à la fin des années 1260, une écriture aux lettres carrées qui s'écrit de haut en bas, comme le chinois classique. On l'appelait alors « nouvelle écriture mongole » (蒙古新字) ou « écriture nationale » (国字) ; on dit aujourd'hui l'écriture 'Phags-pa (八思巴文).
Devenue écriture officielle des Yuan, elle apparaît sur des sceaux et des documents officiels. Mais elle ne s'impose guère, même dans l'élite mongole, et disparaît de l'usage en Chine avec l'arrivée des Ming. Elle intéresse pourtant les linguistes : comme elle a servi à noter les sons des caractères chinois, elle donne des indices sur la prononciation du chinois de l'époque.
八思巴文
Bāsībā wénl'écriture 'Phags-pa
蒙古新字
Měnggǔ xīnzìla « nouvelle écriture mongole », son nom sous les Yuan
国字
guózìl'« écriture nationale »
Les Turbans rouges et la chute des Yuan (1351-1368)
À partir de la fin des années 1340, sécheresses, crues et famines se succèdent, et une cour minée par les querelles de succession ne sait pas y répondre. En 1351, 150 000 ouvriers sont réquisitionnés pour de grands travaux sur le fleuve Jaune. Han Shantong (韩山童), chef d'une secte se réclamant du Lotus blanc, qui prêche la venue prochaine du bouddha Maitreya, et son second Liu Futong (刘福通) les soulèvent. Leurs troupes portent des foulards rouges : c'est la révolte des Turbans rouges (红巾军). Han Shantong est capturé et exécuté, mais son fils, Han Lin'er, est proclamé empereur d'une dynastie Song restaurée, et d'autres chefs rebelles se taillent des États.
L'un d'eux l'emporte : Zhu Yuanzhang (朱元璋), né en 1328 dans une famille de paysans pauvres de l'Anhui. À seize ans, il perd ses parents et un frère aîné dans une épidémie, devient moine novice et mendie pour survivre, puis rejoint les Turbans rouges en 1352. Il prend Nankin en 1356, bat son rival Chen Youliang sur le lac Poyang en 1363, puis Zhang Shicheng en 1367. En janvier 1368, il se proclame empereur à Nankin : c'est la naissance de la dynastie Ming (明朝).
Le 14 septembre 1368, l'armée de son général Xu Da prend Dadu. Le dernier empereur Yuan, Toghon Temür, s'est enfui au nord, à Shangdu ; il meurt en 1370. Ses successeurs continuent de régner en Mongolie sous le nom de Grand Yuan : les historiens les appellent les Yuan du Nord (北元).
红巾军
Hóngjīnjūnl'armée des Turbans rouges
朱元璋
Zhū YuánzhāngZhu Yuanzhang (1328-1398), fondateur des Ming
北元
Běi Yuánles Yuan du Nord
Mots à retenir
蒙古Měnggǔ
Mongolie ; mongol
首都shǒudū
capitale · HSK 3
皇帝huángdì
empereur · HSK 6
民族mínzú
ethnie, peuple · HSK 3
商人shāngrén
marchand, commerçant · HSK 2
旅行lǚxíng
voyager, voyage · HSK 2
戏剧xìjù
théâtre, pièce de théâtre · HSK 5
文字wénzì
écriture, caractères · HSK 3
起义qǐyì
soulèvement, insurrection
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Yuan dynasty, Wikipedia (English)
- Dynastie Yuan, Wikipédia (français)
- 元朝, Wikipedia (中文)
- Genghis Khan, Wikipedia (English)
- Kublai Khan, Wikipedia (English)
- Dadu (Beijing), Wikipedia (English)
- 元大都城垣遗址公园, Wikipedia (中文)
- Marco Polo, Wikipedia (English)
- Marco Polo, Wikipédia (français)
- Zaju, Wikipedia (English)
- Guan Hanqing, Wikipedia (English)
- Guan Hanqing (关汉卿), 感天动地窦娥冤 (The Injustice to Dou E), Wikisource (中文)
- ʼPhags-pa script, Wikipedia (English)
- Red Turban Rebellions, Wikipedia (English)
- Révolte des Turbans rouges, Wikipédia (français)
- 建国号诏 (1271), in 元文类, 卷9, Wikisource (中文)
- 周易 · 乾 (Book of Changes, Qian hexagram), Wikisource (中文)