1368 – 1644 · 8 min de lecture
Dynastie Ming
Dynastie Ming (1368-1644) : Hongwu, Yongle et la Cité interdite, les voyages de Zheng He, la Grande Muraille, Matteo Ricci, la chute de 1644.
Couleurs des tonsā ton 1á ton 2ǎ ton 3à ton 4a neutre
Hongwu, l'empereur venu de la misère (1368-1398)
En janvier 1368, Zhu Yuanzhang (朱元璋), fils de paysans pauvres devenu l'un des chefs des Turbans rouges, se proclame empereur à Nankin. Il nomme sa dynastie le Grand Ming (大明), « la grande lumière », et son ère de règne Hongwu (洪武), « puissamment martial » : c'est sous ce nom qu'on le connaît. La même année, ses armées chassent les Mongols de Dadu. Les Ming sont la dernière dynastie impériale dirigée par des Han.
Hongwu gouverne depuis Nankin (南京), « la capitale du Sud », dont il agrandit les remparts et où il bâtit un palais. Il veut une société rurale stable, presque figée, faite de communautés villageoises qui se suffisent à elles-mêmes. Des colonies militaires, le système weisuo, nourrissent l'armée, et un nouveau code de lois, le Code des Grands Ming (大明律), est achevé en 1397. Il confie à ses nombreux fils des fiefs de princes à travers le pays.
Méfiant, il concentre le pouvoir entre ses mains. En 1380, il fait exécuter pour trahison son grand chancelier, Hu Weiyong (胡惟庸), supprime la fonction de chancelier et place les six ministères directement sous son autorité ; des purges suivent. À sa mort, en 1398, le trône passe à son petit-fils, l'empereur Jianwen.
明朝
Míngcháola dynastie Ming
大明
Dà Míngle Grand Ming, nom officiel de la dynastie
洪武
HóngwǔHongwu, « puissamment martial » (1368-1398)
南京
NánjīngNankin, « la capitale du Sud »
Yongle, Pékin et la Cité interdite
Le jeune Jianwen veut réduire le pouvoir de ses oncles. L'un d'eux, Zhu Di, prince de Yan, qui tient Beiping (l'ancienne Dadu), se révolte en 1399. Après trois ans de guerre, il prend Nankin en juillet 1402 et monte sur le trône : c'est l'empereur Yongle (永乐, règne 1402-1424). Il fait compiler une immense encyclopédie, le Yongle dadian (永乐大典), à laquelle travaillent quelque deux mille lettrés, et fait restaurer le Grand Canal.
Yongle transfère la capitale dans son fief du Nord, rebaptisé Beijing (北京), « la capitale du Nord ». Le chantier mobilise des centaines de milliers d'ouvriers. Au cœur de la ville s'élève, de 1406 à 1420, le palais impérial, la Cité interdite (紫禁城) ; le transfert de la cour est achevé au début de 1421. Le nom chinois signifie « cité pourpre interdite » : le pourpre renvoie à l'étoile Polaire, et l'accès du palais était interdit au commun des mortels.
Le palais couvre 72 hectares. Vingt-quatre empereurs, quatorze Ming et dix Qing, y ont vécu. En 1421, quelques mois après son achèvement, un incendie causé par la foudre détruit déjà ses trois grandes salles, qu'il faudra reconstruire. La Cité interdite est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1987.
永乐
YǒnglèYongle (règne 1402-1424)
北京
BěijīngBeijing (Pékin), « la capitale du Nord »
紫禁城
Zǐjìnchéngla Cité interdite, « cité pourpre interdite »
永乐大典
Yǒnglè Dàdiǎnl'encyclopédie de Yongle
Aujourd'hui, les Chinois appellent surtout la Cité interdite Gugong (故宫), « l'ancien palais » ; le musée du Palais (故宫博物院) y est installé depuis 1925.
Les sept voyages de Zheng He (1405-1433)
Pour ses expéditions maritimes, Yongle choisit un homme de confiance, l'eunuque Zheng He (郑和, 1371-1433). Né Ma dans une famille musulmane (hui) du Yunnan, il est capturé enfant lors de la conquête de la province par les Ming, castré et placé au service de Zhu Di, qu'il aide pendant la guerre de 1399-1402. Devenu empereur, celui-ci lui donne le nom de Zheng. On l'appelle aussi Sanbao (三保 ou 三宝).
De 1405 à 1433, Zheng He commande sept expéditions, six sous Yongle et la dernière sous l'empereur Xuande. Les trois premières vont jusqu'à Calicut, en Inde ; la quatrième atteint Ormuz, dans le golfe Persique ; les dernières touchent l'Arabie et l'Afrique de l'Est. Pour la première, l'Histoire des Ming (明史), compilée plus tard sous les Qing, parle de près de 28 000 hommes et de 62 grands navires longs de 44 zhang ; la taille réelle de ces « navires-trésors » (宝船) reste débattue.
Les flottes montrent la puissance des Ming et ramènent des ambassadeurs dont les souverains se déclarent tributaires de la Chine. Parmi les présents figurent des girafes, que la cour identifie au qilin (麒麟), animal fabuleux de bon augure. L'Histoire des Ming ajoute que Yongle voulait retrouver son neveu Jianwen, qu'il soupçonnait d'avoir fui outre-mer ; les historiens jugent aujourd'hui ce motif très peu vraisemblable. Les voyages cessent après 1433, pour des raisons mal connues ; les fonctionnaires civils, qui s'y opposaient, prennent ensuite l'ascendant à la cour. Zheng He meurt en 1433 (en 1435 selon certains historiens).
郑和
Zhèng HéZheng He (1371-1433)
下西洋
xià Xīyángpartir vers l'« océan de l'Ouest » (mer de Chine du Sud et océan Indien)
宝船
bǎochuánnavire-trésor
麒麟
qílínle qilin, animal fabuleux de bon augure
成祖疑惠帝亡海外,欲踪迹之,且欲耀兵异域,示中国富强。
Chéngzǔ yí Huìdì wáng hǎiwài, yù zōngjì zhī, qiě yù yào bīng yìyù, shì Zhōngguó fùqiáng.« Chengzu (Yongle) soupçonnait l'empereur Hui (Jianwen) d'avoir fui outre-mer et voulait retrouver sa trace ; il voulait aussi déployer ses troupes dans les pays étrangers, pour montrer la richesse et la puissance de la Chine. » (Histoire des Ming, rouleau 304, biographie de Zheng He)
La Grande Muraille des Ming
Des murailles protègent le nord de la Chine depuis le VIIe siècle av. J.-C., et les Qin en ont relié plusieurs ; mais la Grande Muraille (长城) que l'on visite aujourd'hui est pour l'essentiel l'œuvre des Ming. En 1449, à Tumu, l'empereur est fait prisonnier par les Mongols oïrats. Plutôt que de reprendre les territoires perdus, la dynastie choisit alors de fortifier sa frontière.
Les murs des Ming sont plus solides que ceux d'autrefois : les sections les plus célèbres, autour de Pékin, sont en briques et en pierre, même si la terre damée domine sur l'ensemble du tracé. À partir de la fin des années 1560, le général Qi Jiguang (戚继光) fait revêtir de briques des sections de murs de terre entre Shanhaiguan et les abords de Pékin, et bâtir plus d'un millier de tours de guet.
Selon les relevés officiels chinois, la muraille des Ming mesure environ 8 850 km, dont quelque 6 260 km de murs proprement dits, le reste étant fait de tranchées et d'obstacles naturels. Elle part de Jiayuguan (嘉峪关), dans le Gansu, et rejoint la mer à Shanhaiguan (山海关), son terme traditionnel à l'est ; les relevés récents la prolongent jusqu'au fleuve Yalu, dans le Liaoning. Les Chinois l'appellent aussi 万里长城, « la longue muraille de dix mille li ». Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1987.
长城
Chángchéngla Grande Muraille
万里长城
Wànlǐ Chángchéng« la longue muraille de dix mille li »
山海关
ShānhǎiguānShanhaiguan, le terme traditionnel à l'est
嘉峪关
JiāyùguānJiayuguan, l'extrémité ouest
戚继光
Qī JìguāngQi Jiguang, général des Ming
La section la plus célèbre est celle de Badaling (八达岭), au nord-ouest de Pékin, construite sous les Ming : ce fut la première ouverte au public en République populaire de Chine.
L'argent du Nouveau Monde et le jésuite Matteo Ricci
Au XVIe siècle, les Européens arrivent par la mer. Les Portugais commercent avec la Chine à partir de 1516 et obtiennent en 1557 de s'installer à Macao. Par eux, puis par les Espagnols et les Hollandais, afflue l'argent des Amériques, qui devient la monnaie de référence de l'économie chinoise ; le maïs, la pomme de terre et le piment arrivent aussi du Nouveau Monde.
Parmi les missionnaires, le jésuite italien Matteo Ricci (利玛窦, 1552-1610) arrive à Macao en 1582 et s'installe l'année suivante à Zhaoqing, dans le Guangdong. Il apprend le chinois et la langue écrite classique. En 1601, il est le premier Européen invité à la cour de Pékin, où il offre notamment des horloges et une carte du monde ; il ne rencontrera pourtant jamais l'empereur Wanli. Avec le lettré Xu Guangqi (徐光启), il traduit en chinois les six premiers livres des Éléments d'Euclide, et il publie en 1602 une grande carte du monde en caractères chinois.
Ricci est aussi l'un des premiers à écrire le chinois en lettres latines. Avec son confrère Michele Ruggieri, il aurait composé un dictionnaire portugais-chinois doté d'un système de transcription ; un second dictionnaire, aujourd'hui perdu, notait les tons par des accents, comme le fait le pinyin, adopté en 1958. Il meurt à Pékin en 1610, où l'empereur lui accorde une sépulture.
利玛窦
Lì MǎdòuMatteo Ricci (1552-1610)
徐光启
Xú GuāngqǐXu Guangqi, lettré ami de Ricci
几何原本
Jǐhé Yuánběnles Éléments d'Euclide, titre chinois
坤舆万国全图
Kūnyú Wànguó Quántúla carte du monde de Ricci (1602)
Romans en langue vulgaire et porcelaine bleu et blanc
Sous les Ming, l'essor de l'imprimerie fait naître un véritable marché du livre. On y voit paraître de longs romans qui mêlent le chinois classique et la langue vulgaire (白话, baihua), proche de l'oral, que certains emploient presque seuls :
• Les Trois Royaumes (三国演义), attribué à Luo Guanzhong ;
• Au bord de l'eau (水浒传) ;
• La Pérégrination vers l'Ouest (西游记), les aventures du roi des singes Sun Wukong, dont la plus ancienne édition conservée date de 1592 ;
• Jin Ping Mei (金瓶梅), longtemps interdit pour ses scènes érotiques.
On les réunit sous le nom de « quatre livres extraordinaires » (四大奇书). Les trois premiers font partie des « quatre grands romans classiques » (四大名著) que l'on cite aujourd'hui, avec le Rêve dans le pavillon rouge, écrit sous les Qing.
L'autre grand produit de l'époque est la porcelaine bleu et blanc (青花瓷), décorée au bleu de cobalt importé de Perse. Née sous les Yuan à Jingdezhen (景德镇), dans le Jiangxi, elle y est produite en masse sous les Ming ; une manufacture impériale y fabrique la porcelaine de la cour et détruit sur place les pièces imparfaites. Exportée très largement, elle inspire des imitations dans le monde islamique, au Japon et en Europe, comme la faïence de Delft.
三国演义
Sānguó YǎnyìLes Trois Royaumes
水浒传
Shuǐhǔ ZhuànAu bord de l'eau
西游记
Xīyóu JìLa Pérégrination vers l'Ouest
四大名著
Sì Dà Míngzhùles quatre grands romans classiques
青花瓷
qīnghuācíla porcelaine bleu et blanc
1644 : la chute des Ming
Au début du XVIIe siècle, un climat inhabituellement sec et froid, lié au petit âge glaciaire, provoque des famines dans le nord de la Chine, et une grande épidémie sévit de 1633 à 1644. Au nord-est, le chef jurchen Nurhaci fonde en 1616 les Jin postérieurs, que son fils Hong Taiji rebaptise Qing (清) en 1636.
Des révoltes paysannes éclatent à partir de 1628, d'abord dans le Shaanxi. L'un de leurs chefs, Li Zicheng (李自成, 1606-1645), fils de paysans pauvres, a été courrier de la poste impériale. Au début de 1644, il proclame sa propre dynastie, les Shun (顺), et marche sur Pékin, qui tombe le 25 avril. Ce jour-là, le dernier empereur Ming, Chongzhen (崇祯, règne 1627-1644), se pend sur la colline de Charbon (煤山), aujourd'hui dans le parc Jingshan, tout près de la Cité interdite. Selon certains récits, il laisse un message demandant qu'on épargne le peuple ; un serviteur affirme n'avoir trouvé que les mots « Fils du Ciel ».
Le général Wu Sangui (吴三桂), qui garde la passe de Shanhaiguan, s'allie alors aux Mandchous. Battu à Shanhaiguan, Li Zicheng évacue Pékin le 4 juin en incendiant une partie de la Cité interdite ; le 6 juin, les Mandchous et Wu Sangui entrent dans la capitale et y proclament le jeune empereur Shunzhi. Li Zicheng meurt en 1645. Dans le Sud, des princes Ming, les Ming du Sud, résistent jusqu'en 1662.
李自成
Lǐ ZìchéngLi Zicheng (1606-1645)
崇祯
ChóngzhēnChongzhen, dernier empereur Ming
煤山
Méishānla colline de Charbon
吴三桂
Wú SānguìWu Sangui (1612-1678)
南明
Nán Míngles Ming du Sud (1644-1662)
Mots à retenir
皇宫huánggōng
palais impérial · HSK 7-9
首都shǒudū
capitale · HSK 3
长城Chángchéng
la Grande Muraille · HSK 3
航海hánghǎi
navigation en mer · HSK 7-9
地图dìtú
carte (géographique) · HSK 1
小说xiǎoshuō
roman · HSK 2
瓷器cíqì
porcelaine · HSK 7-9
白银báiyín
argent (le métal)
传教士chuánjiàoshì
missionnaire
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Ming dynasty, Wikipedia (English)
- Dynastie Ming, Wikipédia (français)
- Hongwu Emperor, Wikipedia (English)
- Yongle Emperor, Wikipedia (English)
- Forbidden City, Wikipedia (English)
- 故宫, Wikipedia (中文)
- Zheng He, Wikipedia (English)
- Ming treasure voyages, Wikipedia (English)
- 明史, 卷304 (History of Ming, juan 304: biography of Zheng He), Wikisource (中文)
- Great Wall of China, Wikipedia (English)
- Grande Muraille, Wikipédia (français)
- 明长城, Wikipedia (中文)
- Matteo Ricci, Wikipedia (English)
- 利玛窦, Wikipedia (中文)
- Pinyin, Wikipedia (English)
- Classic Chinese Novels, Wikipedia (English)
- 四大名著, Wikipedia (中文)
- 三国演义, Wikipedia (中文)
- Journey to the West, Wikipedia (English)
- Blue and white pottery, Wikipedia (English)
- Jingdezhen porcelain, Wikipedia (English)
- Chongzhen Emperor, Wikipedia (English)
- Li Zicheng, Wikipedia (English)