1644 – 1912 · 8 min de lecture
Dynastie Qing
Dynastie Qing (1644-1912) : conquête mandchoue et natte, Kangxi et son dictionnaire, guerres de l'opium, Taiping, Boxers, Cixi, abdication de Puyi.
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La conquête mandchoue et la natte (1644-1683)
Les Qing (清朝) sont une dynastie mandchoue. En 1616, le chef jurchen Nurhaci fonde les Jin postérieurs ; en 1636, son fils Hong Taiji proclame le Grand Qing. En 1644, alliés au général Ming Wu Sangui, les Mandchous entrent dans Pékin le 6 juin et y installent l'empereur Shunzhi, un enfant, sous la régence de son oncle Dorgon. Celui-ci garde Pékin pour capitale et reprend la plupart des fonctionnaires des Ming.
En juillet 1645, Dorgon impose aux hommes han la coiffure mandchoue, sous peine de mort : il faut raser le devant du crâne et tresser le reste des cheveux en une longue natte (辫子). Un dicton de l'époque résume l'alternative : « qui garde sa tête ne garde pas ses cheveux, qui garde ses cheveux ne garde pas sa tête ». L'ordre soulève une forte résistance dans le Jiangnan : la ville de Jiangyin tient près de trois mois, puis l'armée Qing en massacre les habitants. La natte restera obligatoire jusqu'à la révolution de 1911.
La conquête prend encore des années. Le dernier prétendant Ming est exécuté en 1662. La révolte des Trois Feudataires, trois anciens généraux Ming devenus gouverneurs du Sud, dure huit ans ; les Qing ne contrôlent le Sud qu'en 1681. Enfin, Taïwan se soumet en 1683.
清朝
Qīngcháola dynastie Qing
满族
Mǎnzúles Mandchous
辫子
biànzila natte, la tresse
留头不留发,留发不留头。
Liú tóu bù liú fà, liú fà bù liú tóu.« Qui garde sa tête ne garde pas ses cheveux, qui garde ses cheveux ne garde pas sa tête. » (dicton sur l'ordre de 1645)
Kangxi, Yongzheng, Qianlong : l'apogée des Qing
Trois règnes marquent l'apogée de la dynastie. Kangxi (康熙, règne 1661-1722) monte sur le trône à sept ans et prend le pouvoir à quinze, en 1669, en faisant arrêter le régent Oboi. Ses 61 ans de règne sont les plus longs de l'histoire chinoise. Il vient à bout des Trois Feudataires, soumet Taïwan et signe avec la Russie le traité de Nertchinsk (1689), premier traité formel de la Chine avec une puissance européenne ; des jésuites servent à sa cour comme astronomes et cartographes.
Son fils Yongzheng (雍正, règne 1723-1735) gouverne avec rigueur : il combat la corruption et crée le Grand Conseil, un petit cercle de conseillers qui devient le véritable cabinet de la dynastie. Le fils de Yongzheng, Qianlong (乾隆, règne 1735-1796), mène dix grandes campagnes qui étendent l'empire au Xinjiang, en Mongolie et au Tibet. À la fin du XVIIIe siècle, la population atteint environ 300 millions d'habitants. Mais la corruption gagne à la fin du règne, et l'ambassade britannique de lord Macartney, en 1793, repart sans avoir obtenu l'ouverture du commerce.
Qianlong fait aussi compiler la Bibliothèque complète des quatre trésors (四库全书), commencée en 1772 et achevée au début des années 1780 : près de 80 000 rouleaux copiés à la main, classés en quatre sections (classiques, histoire, philosophes, recueils littéraires), en sept exemplaires. L'entreprise sert aussi la censure : plus de 2 800 ouvrages, surtout de la fin des Ming, sont interdits pour leur hostilité aux Qing, même si la plupart ont été conservés.
康熙
KāngxīKangxi (règne 1661-1722)
雍正
YōngzhèngYongzheng (règne 1723-1735)
乾隆
QiánlóngQianlong (règne 1735-1796)
四库全书
Sìkù Quánshūla Bibliothèque complète des quatre trésors
经史子集
jīng shǐ zǐ jíclassiques, histoire, philosophes, recueils : les quatre sections
Le dictionnaire de Kangxi et ses 214 clés
En 1710, Kangxi ordonne la compilation d'un dictionnaire de caractères, publié en 1716 : le dictionnaire de Kangxi (康熙字典). Il s'appuie en partie sur deux dictionnaires des Ming, le Zihui (字汇, 1615) de Mei Yingzuo et le Zhengzitong (1627). Avec plus de 47 000 caractères, dont beaucoup de variantes et de formes rares, il reste la référence pour l'écriture chinoise jusqu'au début du XXe siècle. L'empereur avait choisi lui-même le mot zidian (字典) pour son titre ; il est devenu le mot ordinaire pour « dictionnaire ».
Les caractères y sont rangés sous 214 clés (部首), puis selon le nombre de traits ajoutés à la clé. Ce système n'est pas une invention du dictionnaire de Kangxi. Le premier dictionnaire à classer les caractères par clés, le Shuowen jiezi (说文解字) de Xu Shen, vers l'an 100, en comptait 540 ; c'est le Zihui qui a fixé la liste des 214 et le premier à ranger clés et caractères par nombre de traits. Le dictionnaire de Kangxi l'a consacrée, et on parle depuis des « clés de Kangxi » (康熙部首).
Ces 214 clés restent le système de référence des dictionnaires classés par clés, souvent avec quelques retouches ; les dictionnaires publiés à Taïwan les suivent pour l'essentiel. En Chine continentale, une norme de 2009 en retient 201 pour les caractères simplifiés, un système qu'ont adopté les éditions récentes du dictionnaire Xinhua zidian.
康熙字典
Kāngxī Zìdiǎnle dictionnaire de Kangxi (1716)
字典
zìdiǎndictionnaire (de caractères)
部首
bùshǒuclé, radical
康熙部首
Kāngxī bùshǒules 214 clés de Kangxi
说文解字
Shuōwén Jiězìle Shuowen jiezi (vers 100), 540 clés
Un dictionnaire papier classé par clés utilise le plus souvent ce système : les 214 clés de Kangxi, ou leur version à 201 clés en Chine continentale.
Les guerres de l'opium et le traité de Nankin
Depuis 1757, le commerce maritime avec les Européens est limité au seul port de Canton (Guangzhou). Les Britanniques achètent du thé et de la porcelaine, et compensent leur déficit en faisant entrer en contrebande de l'opium cultivé en Inde, interdit en Chine. En 1839, l'empereur Daoguang envoie à Canton Lin Zexu (林则徐). Celui-ci écrit à la reine Victoria (elle ne reçoit jamais la lettre), force les marchands britanniques à livrer leur opium et le fait détruire publiquement à Humen, en juin 1839.
La Grande-Bretagne répond par la guerre (1839-1842), qu'elle gagne grâce à la supériorité de ses navires et de ses armes. Le traité de Nankin (南京条约), signé le 29 août 1842 à bord d'un navire de guerre britannique, cède l'île de Hong Kong au Royaume-Uni, ouvre cinq ports au commerce (Canton, Xiamen, Fuzhou, Ningbo et Shanghai) et impose une indemnité, sans régler la question de l'opium. C'est l'un des premiers traités que les Chinois appelleront « inégaux », et beaucoup d'historiens font commencer en 1839 l'histoire moderne de la Chine.
Une seconde guerre de l'opium (1856-1860) oppose la Chine au Royaume-Uni et à la France. En 1860, les troupes franco-britanniques pillent l'ancien palais d'Été (圆明园), près de Pékin, que les Britanniques incendient ensuite, et le commerce de l'opium est légalisé.
鸦片战争
Yāpiàn Zhànzhēngla guerre de l'opium
林则徐
Lín ZéxúLin Zexu, envoyé à Canton en 1839
南京条约
Nánjīng Tiáoyuēle traité de Nankin (1842)
圆明园
Yuánmíngyuánl'ancien palais d'Été
Les Taiping et le « renforcement de soi »
La plus grande révolte du siècle naît dans le Sud. Hong Xiuquan (洪秀全), un Hakka du Guangdong, échoue pour la troisième fois aux examens impériaux en 1837 ; à la suite de visions, il se proclame frère cadet de Jésus-Christ. Son mouvement fonde le Royaume céleste de la Grande Paix (太平天国), prend Nankin en 1853 et en fait sa capitale, Tianjing (天京), « la capitale céleste ». Les Taiping veulent bouleverser tout l'ordre social ; ils refusent la natte et laissent pousser leurs cheveux, d'où leur surnom de « longs cheveux » (长毛). Ils sont vaincus par des armées provinciales, comme l'armée Xiang de Zeng Guofan (曾国藩) : Hong meurt en juin 1864 et Nankin tombe un mois plus tard. Cette guerre (1850-1864) est l'une des guerres civiles les plus meurtrières de l'histoire ; son bilan exact est inconnu, les estimations allant de 20 à 30 millions de morts, et certaines bien au-delà.
Après ces désastres, des hauts fonctionnaires lancent vers 1861 le mouvement d'auto-renforcement (洋务运动, littéralement « mouvement des affaires occidentales »). Autour du prince Gong, de Zeng Guofan et de Li Hongzhang (李鸿章), ils créent un bureau des affaires étrangères, des arsenaux, des chantiers navals et des écoles de langues étrangères, puis des lignes télégraphiques et des chemins de fer. Mais ils s'en tiennent à la modernisation militaire et économique, et la défaite de 1895 met fin au mouvement. Le mot « renforcement de soi » (自强) vient du Classique des changements.
太平天国
Tàipíng Tiānguóle Royaume céleste de la Grande Paix
洪秀全
Hóng XiùquánHong Xiuquan (1814-1864)
长毛
chángmáo« les longs cheveux », surnom des Taiping
洋务运动
Yángwù Yùndòngle mouvement d'auto-renforcement
天行健,君子以自强不息。
Tiān xíng jiàn, jūnzǐ yǐ zìqiáng bù xī.« Le Ciel se meut avec vigueur ; ainsi l'homme de bien se fortifie sans relâche. » (Classique des changements, hexagramme Qian, commentaire des Images)
Le Japon, les Cent Jours et les Boxers : le temps de Cixi
De 1861 à sa mort en 1908, le pouvoir appartient pour l'essentiel à Cixi (慈禧, 1835-1908). Concubine de l'empereur Xianfeng, elle est la mère de l'empereur Tongzhi, monté enfant sur le trône en 1861, et exerce la régence ; en 1875, elle fait monter sur le trône son neveu, l'empereur Guangxu. Longtemps décrite comme une réactionnaire, elle est aujourd'hui réévaluée par certains historiens.
La guerre contre le Japon (1894-1895), menée pour l'influence en Corée, tourne au désastre. Les Chinois l'appellent guerre de Jiawu (甲午战争), du nom de l'année 1894 dans le calendrier traditionnel. Par le traité de Shimonoseki (17 avril 1895), la Chine cède Taïwan au Japon et paie une lourde indemnité. En 1898, l'empereur Guangxu lance la réforme des Cent Jours ; Cixi y met fin par un coup d'État et le place en résidence surveillée.
En 1899-1901, les Boxers (义和团), un mouvement populaire du nord de la Chine, s'en prennent aux missionnaires et aux chrétiens chinois au cri de « Soutenir les Qing, détruire les étrangers » (扶清灭洋). En juin 1900, ils assiègent les légations étrangères de Pékin pendant 55 jours ; Cixi les soutient et déclare la guerre. Une coalition de huit puissances prend Pékin le 14 août et la cour s'enfuit à Xi'an. Le protocole de 1901 impose une indemnité de 450 millions de taels d'argent, payable en 39 ans. Cixi engage alors des réformes : les examens impériaux sont supprimés en 1905. Elle meurt en novembre 1908, juste après l'empereur Guangxu, et laisse le trône à un enfant de deux ans, Puyi.
慈禧
CíxǐCixi (1835-1908)
甲午战争
Jiǎwǔ Zhànzhēngla guerre de Jiawu (1894-1895)
义和团
Yìhétuánles Boxers, « poings de la justice et de la concorde »
扶清灭洋
fú Qīng miè yáng« Soutenir les Qing, détruire les étrangers »
1911-1912 : la révolution et l'abdication du dernier empereur
Le 10 octobre 1911, un soulèvement de soldats de la Nouvelle Armée à Wuchang déclenche la révolution ; les provinces rejettent les Qing l'une après l'autre. Les Chinois l'appellent révolution Xinhai (辛亥革命), du nom de l'année 1911 dans le cycle de soixante ans du calendrier traditionnel. Le 1er janvier 1912, la république de Chine (中华民国) est proclamée à Nankin, avec Sun Yat-sen comme président provisoire.
À Pékin, le premier ministre Yuan Shikai (袁世凯) négocie : la présidence de la République lui est promise s'il obtient l'abdication. Le 12 février 1912, l'impératrice douairière Longyu publie, au nom de l'empereur Xuantong, Puyi (溥仪), âgé de six ans, l'édit d'abdication. Le texte remet le pouvoir à la nation entière et adopte « la forme d'une république constitutionnelle » ; la nouvelle république doit réunir les territoires des « cinq peuples » : Mandchous, Han, Mongols, Hui et Tibétains. Ainsi prennent fin la dynastie Qing et l'empire chinois.
En vertu d'un accord avec la République, Puyi garde son titre et continue d'habiter la Cité interdite jusqu'à son expulsion en 1924. Il meurt en 1967.
辛亥革命
Xīnhài Gémìngla révolution Xinhai (1911)
中华民国
Zhōnghuá Mínguóla république de Chine (1912)
溥仪
PǔyíPuyi (1906-1967), le dernier empereur
袁世凯
Yuán ShìkǎiYuan Shikai, premier ministre en 1911
人心所向,天命可知。
Rénxīn suǒ xiàng, tiānmìng kě zhī.« Là où va le cœur du peuple, on connaît le mandat du Ciel. » (édit d'abdication, 12 février 1912)
Mots à retenir
满族Mǎnzú
les Mandchous
辫子biànzi
natte, tresse · HSK 7-9
字典zìdiǎn
dictionnaire · HSK 2
部首bùshǒu
clé, radical
鸦片yāpiàn
opium
条约tiáoyuē
traité · HSK 7-9
战争zhànzhēng
guerre · HSK 4
改革gǎigé
réforme, réformer · HSK 5
革命gémìng
révolution · HSK 7-9
Sources
Les références à partir desquelles cette page a été écrite.
- Qing dynasty, Wikipedia (English)
- Dynastie Qing, Wikipédia (français)
- 剃髮易服, Wikipedia (中文)
- 江阴八十一日, Wikipedia (中文)
- Siku Quanshu, Wikipedia (English)
- Kangxi Dictionary, Wikipedia (English)
- Dictionnaire de caractères de Kangxi, Wikipédia (français)
- Kangxi radicals, Wikipedia (English)
- 部首, Wikipedia (中文)
- First Opium War, Wikipedia (English)
- Treaty of Nanking, Wikipedia (English)
- Second Opium War, Wikipedia (English)
- Taiping Rebellion, Wikipedia (English)
- Révolte des Taiping, Wikipédia (français)
- 太平天国, Wikipedia (中文)
- Self-Strengthening Movement, Wikipedia (English)
- 洋务运动, Wikipedia (中文)
- 周易 · 乾 (Book of Changes, Qian hexagram), Wikisource (中文)
- First Sino-Japanese War, Wikipedia (English)
- 甲午战争, Wikipedia (中文)
- Boxer Rebellion, Wikipedia (English)
- Empress Dowager Cixi, Wikipedia (English)
- 1911 Revolution, Wikipedia (English)
- Puyi, Wikipedia (English)
- 清帝逊位诏书 (edict of abdication, 12 February 1912), Wikisource (中文)